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Si l’on excepte le monstrueux « Lilith » le meilleur album de Murat de ces dix dernières années reste « Mustango », disque sur lequel Calexico avait fait bien plus que simplement passer. Après l’Arizona, Murat est parti, dix ans après à Nashville pour ce qui pouvait être la plus mauvaise idée qui soit. Car notre imaginaire avait du mal à concevoir les chansons de notre troubadour, eternel amoureux, adepte d’une écriture qui doit beaucoup à la chevalerie, au sens de l’honneur et de l’amour courtois. Chez Murat on ne drague pas, on fait la cour, écrivant des odes à déclamer, plutôt que de la poésie qui se fane pendant la lecture. Donc transposer tout cela dans la patrie où le chapeau, les vestes et les chemises ridicules et les bottes brimades esthétiques, sont comme des membres greffés, il y avait de quoi en perdre son Murat. Déjà Jean Louis n’y est pas allé seul, notre chevalier romantique était accompagné de son fidele aide de camp Christophe Dupouy. Ensuite loin d’un studio empestant la graisse de castor à enduire sur les bottes, il s’est rendu dans une sorte d’église, comme si la croisade ne pouvait pas réussir dans l’aide de dieu. Et puis JLM n’est pas du genre à s’entourer de la beaufitude bas du front, et les musiciens n’étaient pas embauchés pour leur simple son et leur culture locale, ils étaient là car capable de s’adapter à un troubadour Auvergnat qui n’a que deux idoles, Neil Young, et son cœur. Le constat est alors simple, pas avare de textes qui font passer quatre vingt dix pour cent de la rentrée littéraire pour saloperies aidant à la déforestation, JLM a passé le cap, profitant d’une matière nouvelle pour changer la couleur de ses chansons. En chantant « Chanter Est Ma Façon d’Errer » l’homme avoue que partir c’est surtout revenir, et que l’amour fait bon ménage avec une sédentarité rigolé dans ce monde du déplacement obligatoire. Mais le monde JLM n’en fait pas parti, il ne parle que d’amour, il trouve, même dans un désert sec, l’occasion de s’hydrater, cherchant l’amour pour continuer à se tenir debout, et comprenant qu’en compagnie d’une femme, même quand elle chante, l’homme est meilleur. Murat est notre Comte Dracula, un homme qui ne peut vivre, qu’en se nourrissant de l’amour, même imaginaire. Une page pas ordinaire dans la discographie (la vie ?) de JLM.