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  • 3 janvier 2009 /
    U2
    “No Line On The Horizon”

    rédigé par Gérald de Oliveira
    3 votes
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Il y a un truc infaillible pour savoir si un album de U2 est digne d’intérêt, ou tout juste bon à faire tenir une armoire normande, les couleurs de la pochette. Les trois meilleurs disques du groupe se situaient dans les années 90 et étaient des festivals de couleurs, après des années de noir et blanc ou de couleur triste comme le mauve de TUF, et si l’on excepte le live « Under A Blood Red Sky ». Les deux derniers disques du groupe ne dérogeaient pas à la règle, du noir et blanc, et deux catastophes, pas industrielles, mais artistiques, deux albums sans âme, juste bon à remplir des stades pour y accueillir un public fanatisant, et je sais de quoi je parle pour avoir fait toutes les tournées du groupe depuis war. Comme ayant perdu son costume de clown des 90’s le groupe prenait un coup de vieux, comme des papys du rock qu’ils deviennent.

Inquiétude, toute relative, donc à la vue de la pochette du douzième album du groupe (même line up depuis trente, ça au moins cela force le respect) une ligne d’horizon en noir et blanc, une pochette faisant avant même la sortie du disque, cette photo ayant servi à la pochette d’un album jazz. Deuxième inquiétude le premier single « Get On Your Boots », après « Vertigo » et « Elevation » le retour ce fait avec les gros sabots, le gros son, le refrain pour stade, avec comme slogan « Future needs a big kiss ». Il restait à suivre le plan diabolique de la promo, avec comme bourde cette fois ci (après le cd à Clinton, la valise perdue, le son trop fort dans la villa) la mise en ligne sur le site d’Universal australia. Plus c’est gros plus c’est bon dirait Tabata Kash.

Une semaine avant sa sortie française, nous pouvions écouter le meilleur album du groupe (c’est bono qui le dit, mais qui le dit à chaque fois, sauf pour « Achtung Baby » « Zooropa » ou « Pop »….comme quoi) tuant l’émotion de l’achat une nuit dans un magasin ouvert pour l’occasion. La technologie est ainsi faite !! Premier constat Lanois et surtout Eno (les deux sont crédités sur les meilleurs morceaux du disque…étonnant non) ont repris les choses en main. Très joueur, Eno s’en ai donné à cœur joie, instiguant des introductions fantasques, pouvant être rédhibitoire pour peut que l’on ne les passent pas. Au sommet de celles ci « FEZ-Being Born », une minute de son de Fez et de son de « Dirty Boots » comme une mise en abîme du travail de U2 là bas. Les intros sont parfois (trop) longues mais elles brouillent les pistes, et un U2 joueur et un U2 vers lequel on a envie d’aller. Deuxième constat le rythme est plus lent qu’à l’accoutumée et la mélancolie semble être le nouveau drapeau (« future needs a big kiss ») du groupe. Mi tempo les chansons désarçonnent avant de décevoir pour certaines et enchanter pour d’autres. Troisième constat, il n’est pas anodin que le groupe soit entré sur scène au son d’Arcade Fire pendant la tournée Vertigo. Ce n’est pas que l’influence des canadiens se ressent dans la musique, mais dans le chant, dense, cette façon de monter tous au front quand il s’agit de scander d’hurler à la face du monde un texte. « Unknow Caller » pourrait un titre de plus, sauf que le refrain est scandé quasi de façon syncopé, si tout seul Bono pouvait donner des signes de faiblesse là le groupe donne une image d’unité et de force rare. Au final, la question de la couleur semble avoir du plomb dans l’aile, car NLITH est probablement l’album que nous n’attendions plus du groupe.

Des risques le groupe n’a pas à en prendre, rien à gagner rien à perdre, le ridicule Bono le portant aux pieds. Redistribuer les cartes musicales, il y a longtemps que l’internet à définitivement faussé le jeu, on ne parle plus de génération on parle de musique comme un grand tout. Non NLITH est l’album attendu avec ses chansons pour stades (on peut prévoir un grand avenir à « The Magnificent ») ses slows impeccables (« White Snow » ou « Cedar Of Lebanon » a voix de Bono à son summum et des cœurs poignant) ces mauvaises chansons qui semblent souvent être là pour rehausser encore un peu plus le travail autour, et ces chansons qui comme « Bad » à l’époque de The Unforgettable Fire demandent au temps de se plier à un engagement (« FEZ- Being Born » est juste un des meilleurs morceaux du groupe, comme si son moi intérieur venait se fracasser contre la parois de ses suffisances)

Alors en mettant de côté le désintérêt que le groupe peut entrainer, qui vont de façon non hiérarchique à l’omniprésence de Bono, les plans marketing faussement foireux, les deux derniers albums sans intérêt ou encore les compromissions financières, ce nouvel album de U2 mérite qu’on s’y perde ou qu’on s’y emmerde c’est selon, car le groupe y est peut être pour la première fois touchant, car là le rimmel de zooropa à coulé, le drapeau de war a brulé et la bombe a fini par leur exploser de façon salvatrice artistiquement à la tronche. Emouvant et touchant, ce U2 a une bien belle couleur.