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Un fois Dominique A avait fait la connaissance d’un platane, le prenant de plein fouet. Sur l’écorce il y avait les initiales de Bashung, et la sève noire qui coulait des branches lui avait piqué les yeux, les oreilles, et grillé l’inspiration. A chercher à monter l’Olympe on peut l’atteindre par une face, ou se le prendre en pleine face. Après le plus que recommandable « La Musique » qui redonnait à la discographie de la plus belle des fossettes de la chanson française, un nouveau point d’ancrage durable, il était donc temps pour Dominique de se pauser un nouveau défi. Ses dernières fréquentations nous donnaient des sueurs froides. On préfèrerait le voir écrire pour Calimero, il l’a fait pour Calogero, donnant un prolongement étonnant aux chanteurs sont mes amis. La sueur nous emmenait vers la terreur à l’écoute du premier single du nouveau projet du grand A, un album avec un quatuor à vent. Non pas que les vents ne soient pour moi qu’une façon de détester la promiscuité d’un bureau, les vents n’y sont pour rien, le single oui. Catastrophique entrée dans ce nouvel univers, « Rendez-nous la lumière » pourrait sied parfaitement au répertoire d’un histrion de la varietoche Gilberto Carpentienne, mais pas à l’auteur de « Mes Lapins ». On pouvait s’attendre au pire, mais celui ci a été évité, et pourtant les écueils sont nombreux. Au premiers desquels une production un rien ratée. Je déconseille par exemple la version Vinyle (pressage raté ?), celle ci décuplant encore un peu plus le constat. Le second vient de certains titres qui pourraient remplir un Worst Of Dominique A qui n’était pourtant en 20 ans qu’une idée de mauvais coucheur. Timing raté ou pas (pourquoi ressortir tout ses disques au même moment au risque de se prendre en pleine face la comparaison d’un passé qui si il n’était pas glorieux, au moins intransigeant et inattaquable, a une exception prêt) « Vers Les Lueurs » allait plutôt nous emmener vers le noir, le black out. Mais c’était allé vite en besogne. Tout d’abord c’était oublier la puissance de titres percutants en live, d’ailleurs ce disque n’est il pas au final un live sans public ? C’était aussi passer trop rapidement sur des titres qui eux pourront sans peine s’afficher en bonne place sur le Best Of des trente années de carrière. « Parfois J’Entends Ces Cris » film oppressant, « Close West » tube imparable en 1996 et donc aimable retour vers nos amours passés. « Quelques Lumières » version plus poétique du texte de lourdaud « Mainstream », bien belle chanson à chanter avec un gros micro scintillant sous des projecteurs puissants, ou encore « Par Les Lueurs » et son côté intimiste. N’oublions pas « Vers Le Bleu » chanson que je ne peux écouter sans revoir la joie qu’elle procurait sur scène, et par communication au public. Et puis il faut être juste, si « Vers Les Lueurs » abrite peut être le pire, il héberge aussi le morceau de bravoure de Dominique A, comme si le challenge allait être la durée, parvenir à capter l’attention au delà de quatre minutes. « Le convoi » est un road movie, un vrai périple que Dominique avait déjà essayé sans jamais aller au bout. Aidé en cela par le quatuor à vent, Dominique avance fièrement sur un titre qui sera un nouveau point d’ancrage dans sa carrière, à défaut que l’album le soit. Un disque contrasté donc, qui fera peut être quand même date dans la carrière de Dominique, celle d’un basculement vers les lumières que nous lui préférons, celles encore teintées de la musique pas tout à fait comme les autres.