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Pourquoi vouloir expliquer l’inexplicable ? C’est ce que nous aurions pu trouver en exergue de ce disque. Un jour, non loin d’un lieu de culte (là aussi pourquoi expliquer l’invraisemblable) deux groupes décident de faire corps pour ne plus faire qu’un. Mais pourquoi le faire si ce n’est, comme souvent dans ce genre d’entreprise de devenir deux, plutôt que un. Je vous le dit, pourquoi expliquer l’inexplicable. Le plus qui ajoute, ici (par magie ?) il fusionne, façonne et un un, droit, massif, mais simple, sort de cette addition pas tout à fait comme peuvent nous les enseigner ceux qui veulent tout expliquer. Orchestra ne s’explique pas, il se ressent, il se prend comme un ovni dépourvu de la moindre volonté de nous en remontrer, normal, il ne s’explique pas. Le disque commence par ces mots, qui résonnent chez moi étrangement. Non pas que je sois insomniaque (quoique) mais dernièrement j’ai écouté un atelier musical sur France Culture, dans lequel Dominique A parle de sa faculté à dormir instantanément, de façon là aussi inexplicable. Ici l’homme ne dort pas, et le fracas des guitares qui perceront le relatif calme n’est pas là pour corriger ce problème de gestion du sommeil. « Ultrasonic Scream » est un titre de post ce que l’on voudra, c’est avant tout un titre qui ne passera pas l’année sans être plébiscité. Un texte froid sur une musique qui va vers le feu, vers l’enfer pour un insomniaque, car plutôt que de nous bercer dans une lente agonie répétitive, la musique se fait fiévreuse, accélère et donne aux guitares le droit de laver son linge sale dans la machine à laver de Sonic Youth. C’est un morceau instrumental qui suivra « The Fear of Being Shot ». Une batterie détendue mais appliquée laisse rebondir une basse minimal qui progressivement se noiera presque sous des guitares arrivant tel un cyclone sur un terrain à la géométrie parfaite. Et après la tornade, l’ouragan, la meilleure entrée en matière de l’histoire des compilations d’ADA, « Toy Boy Therapy » . Ce morceau est venimeux. Il se compose presque comme une mantra, mais l’incantation y est désabusée, laissant plus monter une tension maligne qu’un véritable espoir. La chute vers la violence n’est alors qu’une simple formalité, comme plongée dans un film de Cronenberg qui serait dépassé lui même par la blancheur froide de sa violence artistique. Déjà deux morceaux d’anthologie, dans un EP quatre titres, on commence à se demander si le lieu d’enregistrement n’était pas posséder. On pourrait d’ailleurs laisser « One You Were A Queen » se prendre le virage de notre indifférence, sauf que l’achalandage du morceau touche à la perfection chirurgicale à peine démentie par l’arrivée impromptu d’un son de fond de salle ou de fin de concert, ou de messe… Au final tout cela pour rien, car au final comment expliquer l’inexplicable, comment donner du sens à une musique qui donne encore un sens au labeur quasi mystique du travail de chroniqueur pour un webzine. Une claque MONUMENTALE.




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