> Critiques > Labelisés



Adrien Gachet (aka Bajram Bili) ne connait pas le monde des hommes pressés de ce siècle martien. Enfermé dans un studio avec comme amis, une piano des ordinateurs et quelques cordes, il ne respire plus le même air, et quand il pense à sortir c’est pour se retrouver seul au milieu d’une forêt, entre méditation et repos. De sa retraite il ne communique qu’avec quelques funambules, au premier desquels Board Of Canada. Autre lien de communication le My Bloody Valentine perdu dans les méandres des pistes multiples d’un studio, comme un Xanadu musical duquel on peut sortir vivant, mais pas totalement indemne.

Sur ces six titres, Bajram Bili explore les méandres d’un cerveau quand celui ci fini par se refermer sur lui même, frisant l’autarcie mentale. Dés lors l’ouverture n’est évidemment pas pour l’extérieure, mais un ancrage profond dans son propre corps, son âme. L’entrée dans un tel disque se fait à l’image d’un indien chassant une proie, sur la pointe des pieds, quasi en apesanteur pour ne pas faire craquer la moindre feuille morte, la moindre brindille. Ce qui fini par nous subjuguer c’est de ressentir l’écho même au cœur de notre corps, comme si cette musique d’intérieur l’était aussi pour nos entrailles. Prisonnier d’aucun format, d’aucun son, ce prétendu enfermé vivant est en fait l’un des musiciens les plus libres du moment, s’offrant un voyage intérieur grand ouvert vers l’infini des sons et des sentiments. Au final on ne se remettra pas de sitôt d’un titre comme « Best Friend, Not Twin » explosion de saveurs, morceau échafaudé comme une drogue douce, avec sa montée vertigineuse après un calme relatif. On visitera ad vitam ce « Apartment For A Young Ghost », s’y sentant si bien reçu. On portera en nous longtemps de « You’re a Ghost In a Tipi ». Les mots peuvent alors toujours s’aligner, l’expérience est intérieure et elle est à vous maintenant, je l’espère.