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Avec "Subtitles For The Silent Versions", quatrième album de Half Asleep, la recherche musicale déjà très distinctive de l’artiste est encore plus approfondie. Une musique parfois aérée, subtile, avec des tensions, de la pureté, un jeu délicat sur les silences et les respirations. Cette musique dans laquelle on se glisse demandera un petit effort d’introspection, car c’est d’un voyage qu’il s’agit. Du grand songwriting, donc difficile à définir puisqu’Half Asleep propose une vision, tant textuelle que musicale. On pensera parfois qu’on a affaire à du folk, à de la musique indé (terme ultra-générique qui ne dit rien), mais son usage du piano et des voix fait s’envoler sa musique au delà des frontières stylistiques. Libre d’étiquette, elle avance sans regarder derrière ni devant, dans une totale intemporalité. L’album a une longue histoire, il a du y gagner tant la moindre note semble nécessaire. On pourra s’amuser à chercher ses influences, mais elles ne seront qu’un point de départ, comme l’origine lointaine d’une mutine échouée à des milliers de km de ses origines, expliquant le voyage, son pourquoi, mais pas son arrivée. On pensera à Robert Wyatt, pour sa façon d’utiliser sa voix comme un instrument total au même titre que la musique qui en partage le spectre sonore. On pensera à d’autres, mais son travail réunit des horizons si divers que citer des noms donnerais plus de confusion que d’éclairage. Des invités viennent rajouter à son univers si particulier. Jullian Angel, Isabelle Casier (Pollyana), Cécile Schott (Colleen), sa sœur Oriane dont les voix entremêlées font des merveilles... Quel calme ? En apparence, car sous ces volutes vocales et harmoniques se cache quelque chose, comme si la forme cherchait à contenir le fond, à le maîtriser. Des textes à l’image de la musique qui les soutient, uniques, certains très scénarisés, comme le rétrospectif et métaphorique The fifth stage of sleep. La construction de l’album fait habilement suivre les superbes montées finales de "How Quiet" par le désespéré The bell, relancé par le folk The fifth stage of sleep, dont les harmonies intrigantes suivent une intensité progressive. For god’s sake let them go vous invite par une mélodie inquiétante et douce...puis vient le silence. Des bruits. Soudain, un piano martelé pose les bases d’une cathédrale de voix qui donne le tournis. Un passage halluciné à écouter au casque pour un meilleur vertige. L’instrumental Ceres pluto Eres vient reposer avant Mars (your nails and teeth) qui pourrait nous faire croire qu’on a affaire à une scandinave, notamment à Unni Lovlid. Personnalité H est une pépite a capella qui pourra rappeler Submarine du "Medulla" de Björk...avec Robert Wyatt. Treize titres qui mérite chacun une attention, une description, mais à vous de découvrir le reste. De l’objet (un beau digisleeve à la pochette étrange, libre d’interprétation), à la musique dispersée dans l’éther, plusieurs étapes passent, et jusqu’à l’appropriation complète de l’œuvre, il faudra revenir plusieurs fois, car le voyage a, comme tout véritable voyage, ses phases étranges, ses phases de grâce, d’autres dérangeantes. Tout ce qu’on attend d’une Artiste digne de ce nom, qui nous emmène au delà de notre confort pour élargir notre champ de vision. Merci donc à Half Asleep pour l’expérience qui gagne à chaque répétition, merci aussi aux labels Unique Records et Humpty Dumpty records pour leur aide à l’existence de ce genre d’œuvres, nécessaires, qui avancent avec pour seule envie de créer, loin, très loin au dessus des logiques du marché de la musique.

Barclau