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Dans une autre vie, j’avais un fanzine papier, dans lequel j’ai chroniqué quelques disques. Le premier album de L’Objet m’avait suffisamment plu pour faire partie des happy few. C’était en 2006. J’ai, depuis, suivi de loin la trace de Julien Harpagès, seul surtout, jusqu’à son nouvel album avec son frère, « Au moment », que j’ai eu le plaisir de chroniquer dans ces pages. Me replongeant alors dans les sorties de Structure records, je suis tombé amoureux de « Plank », dernier album en date de L’Objet. Chroniquer aujourd’hui ce disque, sorti en vinyle et digital il y a tout juste deux ans, est apparu comme une évidence : si j’étais passé à coté, peut-être n’étais-je pas le seul ?

Dès que l’aiguille se pose sur la cire de « Plank », Julien Harpagès et son compère Arnaud Boulogne nous transportent dans un passé qui rappelle le meilleur du Kraftwerk prérobotique (Autobahn), voix fantômatiques comprises, mâtiné d’un jazzrock très seventies, avec son charley en avant et ses ponctuations de clavier en echo ; le premier titre s’intitule Herbie, mais ça n’est pas l’homme citrouille qui me vient en tête : le synthé analogique granuleux qui arrive au milieu du titre me rappelle beaucoup plus Joe Zawinul dans la partie centrale de « Birdland » (Weather Report). Le second titre change radicalement la donne et s’embarque dans un postrock énergique, batterie répétitive, lacis de clavier et de basse, guitare survolant les débats. Vers le milieu du titre, à nouveau un palier, rythmique insistante et guitare en larsens et bidouilles en fond sonore. Nous n’en sommes qu’à la moitié de la face A et L’Objet fait déjà montre de l’ouverture de son champ de vision et de sa capacité à synthétiser ses influences. « Plateau », qui clôture la première face, est plus tribal, construit sur la batterie, des synthés épais et une guitare claire qui ponctue, rappelant les ambiances qui m’ont tant plu sur « Au moment ».

Le temps de retourner la galette et la face B démarre par « Herbie (suite) », qui revient insidieusement titiller le Krautrock, avec toujours cette note de Kraftwerk mais aussi de Gong dans ses (très rares) bons jours. Le coté tribal revient ensuite, avec « 360 », sa rythmique démultipliée, ses nappes et son gros synthé analogique. On atteint des rivages plus industriels, Throbbing Gristle joué avec le matériel des jeunes Cure... L’ambiance devient pesante, la saturation augmente, l’étouffement menace... Le groupe laisse finalement retomber la pression avant d’entamer la dernière plage, post rock en son clair qui semble vouloir nous emmener vers les eaux étales de Slint mais charrie au fil du temps de plus en plus de débris et termine presque en crue, eaux épaisses, sombres et inarrêtables. Les guitares en larsens et synthés bouillonnants qui apparaissent à la surface vers la fin sont rapidement aspirés dans un remous et rejetés dans les profondeurs. La masse d’eau boueuse continue alors son avancée jusqu’au sillon ultime, laissant la place au silence.

« Plank » est une belle réussite, synthétisant l’amour du duo pour le krautrock, le post rock, l’indus et les débuts de la new wave, faisant habilement cohabiter ces éléments pas si disparates en un disque finalement intemporel. Très vivement conseillé.




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