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Un soir après un concert en Slovénie, Sylvain Chauveau s’est retrouvé à devoir passer une nuit dans un aéroport, ayant raté le dernier avion. Obligé de dormir sur un banc, pour oublier les bruits ambiants, il a pensé à John Cage. Qui prenait les bruits autour de lui comme de la musique. Par exemple, John Cage expliquait qu’il considérait les bruits venant de la rue comme une pièce de chez lui. Ainsi, ces bruits étaient-ils acceptables, voire appréciables.

Dans l’aéroport, il y avait un bruit strident, continu. Sylvain Chauveau en a fait le fil conducteur de “Kogetsudai”, son dernier album, deuxième volet de ce qui devrait être une trilogie, et qui fait suite à “Singular Forms (Sometimes Repeated)”. Cette seconde partie, l’artiste toulousain émigré à Bruxelles (pas à cause de problèmes fiscaux, lui) l’a voulu comme un Haïku. D’ailleurs, il l’a composé et enregistré en grande partie au Japon, notamment dans des jardins zen. Et il a tenté de déconstruire le format chanson, tout en se revendiquant toujours de celle-ci, au titre d’un trop grand romantisme l’ayant empêché de s’en passer totalement.

Simultanément, l’artiste travaillé par la notion de silence depuis une quinzaine d’années, a décidé d’incorporer cet élément dans le disque. A tel point que, parfois, on peut se demander si le morceau est déjà commencé ou non, tellement il y a peu de son, voire aucun. Un peu à l’image de “Laughing Stock”, le mémorable album de Talk Talk qui commençait par 17 secondes de silence.

Le résultat est un album tout en abstraction, également inspiré par Aurélie Nemours, une peintre abstraite dont les tableaux “Quatuor (de 1990)” ont subjugué Sylvain Chauveau. Le chant est épuré, le piano en arrière, sonnant parfois très 19è siècle. La musique est quasiment uniquement électronique, et se répand telle une pluie de bits. Tout cela guidé par un parasite sonore qui domine le disque, à défaut du monde, comme ce bruit lancinant dans l’aéroport.

“Kogetsudai” est, comme son prédécesseur, un album magnifique, à écouter seul, dans son jardin, au milieu d’une nuit sans étoiles. Ou, à plusieurs, silencieux, sur le toit d’un gratte ciel. Toujours la nuit, et toujours très fort. Une expérience subliminale et sublime à la fois !




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