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Quand bien même possède-t-elle un premier EP à son actif (sorti en mars 2012), nous ne connaissions pas ODyL. Pourtant, cette chanteuse / guitariste trentenaire, de son vrai prénom Virginie, n’est pas une nouvelle venue puisqu’elle écume les salles, enregistre des sessions et s’entoure d’un grandissant halo culte. Une côte d’amour qui nous incite à écouter « C’était l’hiver », un quatre titre qui annonce un album officiel pour novembre prochain.

« Ils m’ont dit : petite, lâche-toi, montre-nous tes couilles si t’en as ». Dès les premières mesures de « Petite » (une attaque contre Sony où Virginie signa le temps de quelques chansons ?), sorte de rock asséché, tendu mais combatif, le ton est donné : ODyL carbure au lâcher prise et à la mise à nue. Le très Strokes « Presque Parfait », en seconde position, confirme le bon feeling de l’artiste. Sans vulgarité ni besogne, ces deux titres nous vengent enfin de toutes les Castafiores à guitares qui encombrent le paysage français. Avec « C’était l’hiver » (qui, sans trop savoir pourquoi, évoque le « Je me Souviens, Je me Rappelle » de l’ami Daniel Darc), ODyL s’offre un joli hold-up pop : si nous découvrions cette chanson sur une quelconque antenne radiophonique, nous chercherions obligatoirement à en savoir plus (les « nanana » du refrain aident un peu). Pour conclure, « Salaud », dans un réalisme bien senti, conte les éternels amours masochistes (« Quand tu m’écrases, c’est beau / Salaud, je voudrai bien que tu m’emmènes au fond des toilettes de ce bar / Ça ressemblait presque à un regard / Salaud je t’aime… de désespoir »). Etrange sensation de connivence : celle de rencontrer une cousine que nous n’avions auparavant jamais croisée mais avec qui nous partageons pas mal de points communs.

Il y a quelque-chose de singulier chez ODyL. Là où la plupart des chanteuses françaises à guitares s’échinent à écrire des textes volontairement rentre-dedans (et face auxquels nous n’y voyons que poses laborieuses, vacuités revendicatrices ou coups de bluff), ODyL possède la qualité des mots qui claquent et qui font mal ; des mots tellement cruciaux pour Virginie que la musique semble parfois secondaire, comme si guitares et pianos ne servaient qu’à mettre en évidence le propos asséné, revendiqué même. Au petit jeu des références obligatoires, ODyL n’entretiendrait ainsi que bien peu de rapports avec la France pour au contraire raviver le souvenir des premiers Liz Phair ou Lisa Germano.

Car finalement, parler de rock serait réducteur à l’égard d’ODyL. Parler de rock exige de l’artiste qu’il se coule dans une tradition parfois proche de l’allégeance. Or, rien de cérémonieux chez ODyL : indépendante, elle utilise la puissance des grattes moins par dévotion rock’n’roll que pour mieux faire entendre ces mots (maux ?) qui, avec force évidence, lui importent beaucoup.

En attendant novembre pour confirmer les brûlantes sensations offertes par « C’était l’hiver »…




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