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Une fois n’est pas coutume c’est d’une BO dont je vais vous parler. Enfin je vous en parle souvent, suggérant les images, fermant les yeux, laissant mon crane malade coller des visages ou des paysages à des notes qui souvent ne sont que…..des notes. L’avantage de cet opus de Emboe c’est qu’il est livré sans les images, que le cour métrage qui est décoré de ces sons, a autant de chance de passer chez moi que j’en ai un jour de gagner le premier prix de syntaxe dans une ignoble foire aux bestiaux organisée par Pivot.

J’ai pu donc pu laisser livre cour (métrage) à mon imagination, offrant à ces 18 pièces le droit d’avoir un autre paysage à illustrer. Allons y franchement le télescopage avec l’actualité fait que « Producite depilate » nous offre un voyage à Fukushima, comme si le titre était victime des radiations. Progressivement celles ci semblent s’organiser, réalisant des boucles sourdes, derrières lesquelles un univers sort de terre (Mejor morir sabiendo lo que es el ) Si on y ajoutait, comme dans à peut prés tout depuis la chute du communisme, une dose de religion, on pourrait parler d’une rédemption proche sur "Chicas en el cementario". De ce nuage presque toxique de sons saturés, surgit des notes d’un piano qui entame comme un périple biblique (A mi hiro querido (part 1) ). Progressivement les scories semblent être maitrisées (Corona de flores ), le paysage se fait plus léger, moins en phase avec une terreur possible. Nous sommes en apesanteur, dans une relative quiétude (Si ni sana hoy sanar maniana ). Climax du disque (A mi hiro querido (slow version)) le morceau de ADA volume 22 est la rencontre au sommet entre Labradford et Mogwai Emboe continue alors de se révéler encore plus encore dans la nudité (La madona del barrio ) et s’étire (Tu hiros te recuerdan un carinio ) pour un retour des radiations. (Recita su poesia despues del amor ) L’inquiétude revient. Sur "Outtake 1" le thème de "Mejor morir sabiendo lo que es el" est de retour de façon plus inquiétante encore. Mais changement dans la distribution, (Outtake ) après le piano c’est à la guitare de donner un nouvel angle à cette mécanique. Plus minérale (Outtake 3 ), la guitare s’émancipe, trouve un angle nouveau, une respiration autre, jusqu’à « Outtake 4 »avant le retour des bruits hybrides (Outtake 5 ). Et le disque devient fou, les images s’entremêlent autour de nous. Sur « Outtake 6 » le thème de « Outtake 4 » est de retour accompagné d’une ménagerie électronique, alors que « Outtake 7 » est comme une marche funèbre au milieu des radiations. Marche funèbre que sonne « Outtake 8 » comme une recherche de la mort la plus parfaite du son, la marche en préambule, la fin comme destination irrémédiable.

Comme cette chronique délicate et aussi méthodique que la déconstruction complete d’un film de John Ford par Godard (on se le petouille sur ADA), ce disque de Emboe souffle le chaud et le froid, la vie et la mort, l’espoir et le tragique, frôlant la perfection dans cette idée qu’il est possible de faire des films sans image. Un voyage à l’oreille.