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C’est dans un consensus normal, eu égard à la qualité du disque et de ses compositions, que je vais vous avouer ma retenue face à ce disque. Je suis comme le sale gosse qui voudrait qu’à la fin d’un Walt Disney, le héros principal disparaisse de la pellicule, n’aimant la perfection que quand elle se fait dans l’inconfort de la sècheresse.

J’ai un échange épistolaire avec Catherine, et cela depuis ses premiers efforts, et j’insiste souvent pour la voir prendre un virage nouveau, oublier sa formation classique, ouvrir la cage de ses sons joueurs. Entendre une Watine brute, décharnée, dépourvue de son apparat, qui je dois dire, parfois me gène. Cela n’est en rien un coup de canif (à mon niveau c’est à peine une piqure d’aiguille à coudre), c’est un ressenti. Comme je n’écoute plus les disques de Bjork, j’ai peur que les albums de Watine ne satisfassent plus mon appétit d’ogre famélique, et que je ne projette plus mon attention que sur les fils qui tiennent tout cela.

Après avoir dit cela, et m’être brouillé avec pas mal de monde en quatre phrases. je dois bien avouer que je trouve ce disque incroyable, fantasmagorique. On plonge dans un univers onirique, complètement barré, où Catherine s’essaye à un phrasé nouveau, avec cette voix qui tente parfois d’exister au milieu de cette orgie sonore. L’écriture est sautillante, elle est inconfortable et difficile. Si il était aisé de siffler du Watine en se baladant sur les berges de la Seine, il serait probable de se perdre, car impossible à imprimer en une écoute. La partie autobiographique que l’on sent, et un petit miracle de justesse, pas de narcissisme souvent inerrant à ce genre d’exercice, pas d’emphase dans la dramaturgie, la sobriété est à chercher ici.

Un disque que j’aime, mais que je regrette presque (oh cerveau torturé que j’ai) qui ravira ma moitié qui se pâme devant les belles choses, mais qui donnera à l’autre l’envie de tout décharner tout cela, de tout mettre les artifices dans le ciel pour un bouquet final avant de passer aux choses plus radicales. Battons les masques.