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Voici l’un des secrets les mieux gardé de ces dernières semaines. Chapelier Fou. Nous l’avons croisé le mois dernier sur l’excellent album de Zéro Degré, et nous le retrouvons sur son premier EP. Violoniste de formation, ce vengeur masqué du violon (non rassurez vous Catherine Lara n’y ait pour rien) tire son nom d’un personnage d’Alice Aux Pays Des Merveilles, qui posent des devinettes sans réponses, personnage à l’extravagance poétique, l’humanité comme réduite en un personnage à son principe de base, la contradiction. Ce Chapelier Fou ne fait pas dans la contradiction. Si sa formation est classique, elle n’est pas ici cocufiée par une source nouvelle. Comme Tiersen (la comparaison finira bien pas tomber) si la formation est boisée, sentant les salles aux parquets vernis, les désirs eux son ailleurs, plus vers le rock ou l’éléctro. Les cordes sont multiples à son arc, le jeux consiste à les nouer et à la assembler à des instruments qui peuvent varier de taille, pouvant même s’assembler avec des jouets pour un toy orchestra que ne renierait pas un Pascal Comelade en vacances du soleil et des Pyrénées. Si c’est au piano que revient l’honneur d’ouvrir, il se verra rejoindre par un sample craquant et des aspirations éloignées de sa famille, plus proche de Portishead que de Mozart. Doué dans ce mélange, Chapelier Fou semble donner lui aussi des questions sans réponse, comme celle plus dérangeante, et si au final tout était pareil, et que la technologie a juste fait bouger le curseur, l’écriture elle est la même. Disque puzzle ou mosaïque aux changements possibles, ce premier album de Chapelier Fou est une source infinie de routes, de chemins. On ne peut que se perdre à l’écoute de « Darling Darling », on ne peut que danser de façon hybride sur le sautillant « Superstitious », on ne peut que se questionner en se plongeant dans « N’Importe Quoi » ou « GmbH », on ne peut que craquer et tomber à genou face à ce trèfle aux feuilles infinies. Le secret ne sera pas gardé longtemps, mais la magie elle opérera pour longtemps, car ce disque, phare étrange dans un paysage musical perdu, est la réponse à une question qui pourtant n’en appelait pas. Disque de l’année ?