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Ce qui fascinait chez ce petit bout de femme que l’on voyait arriver sur scène au beau milieu des concerts de Dominique A, c’est cette dualité entre une voix fragile et forte à la fois, une sorte de roseau qui ne rompt pas, mais qui se courbe. Depuis Françoiz volait de ses propres ailes, mais demandait encore à qui le voulait bien, de lui servir d’ailes de secours, ne voulant pas encore donner des mots. Pour ce quatrième épisode de son feuilleton discographique, la jolie brunette a décidé de faire le grand saut, de s’affranchir et de signer les textes et une bonne partie des musiques de « à l’aveuglette ». L’ouverture (« la conciergerie ») nous rassure, car on ne quitte jamais vraiment le nord et ses ruelles humides, comme sorties du lynch Victorien d’Elephant man. Quand « terre d’ombre » s’ouvre les yeux s’humidifient, chanson de départ de séparation de voyage, elle semble signifier ce sentiment du grand saut. La pluie comme rédemption, mais aussi comme point de départ de « les jeunes pousses », sorte de cavalcade éreintante derrière cette jeunesse que l’on perd et qui s’éteindra sur « 2013 ». Chez françoiz la tristesse et la mélancolie ne sont jamais totalement recouvertes du papier de la joie. Le nord est ici tout sauf sympathique (« dunkerque ») il est juste dépeint avec la justesse, le froid, les cheminés, mais la chaleur à rechercher pour que le cœur brule. L’une des surprises de ce nouvel album viendra de « nébuleux bonhomme » comme si Dominique A portait la robe imprimée de PJ Harvey. Morceau rêche et rock il est un introduction étonnante à « à l’aveuglette » chanson terrible contre l’amour transis, l’amour qui frise le mensonge et la trahison de tant de poudre aux yeux, mais le souffle est ailleurs. Accompagnée par le duo de Mansfield tya, Françoiz parle de « l’étincelle ou la contrainte du feu » mais surtout signe un de ses plus beaux titres jouant comme on jouerait autour d’un grand feu, pas vraiment de joie, pas vraiment de désespoir, juste un feu autour de l’amour et de sa difficulté à maitriser, comme le feu pouvait l’être avant sa domestication. Avec « de fil en aiguille (ouvrages de dames) » Françoiz retrouve ce qui a fait le bonheur des premiers albums de Dominique a, prendre une passion, un métier pour tracer un destin. Les « mots croisés » comme « terre d’ombre » parle de cette écriture nouvelle, ces mots que Françoiz fait danser à merveille, dans des valses fiévreuses endiablées et mélancoliques. En terminant avec « l’automne avant l’heure » l’autre thème du disque pour un éclairage nouveau, entre Arizona et Orchestre du nord, le temps passe, le grand tourbillon de la vie et qui ne laisse peu de place à elle, la vie. A l’aveuglette est un disque triste mais lumineux, une grande bouffée d’air frais et humide, une échappée belle, un grand disque. Magnifique et aveuglant.