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Comme un bateau qui se fracasserait après une deuxième mise en mer, le deuxième album d’un groupe est souvent un écueil que les plus superstitieux voudraient directement transformer en troisième disque, surtout quand le premier avait été accueilli les deux oreilles grandes ouvertes, la banane barrant une face trop habituée à recevoir des mauvaises nouvelles, surtout depuis Nicolas premier. Difficile de ne pas dire que le premier disque des Cornflakes n’avait pas connu la révérence et la franche tape amicale derrière le dos, difficile de dire que nous ne nous étions pas enthousiasmés pour ce qui reste probablement le meilleur disque inde français de ces dernières années, une vague de fraicheur qui pouvait transformer le visa du groupe sans que cela paraisse aussi louche que le passage de Michel H. dans le pays du cinéma. « Dear mr painkillers » devait être donc suivant toute probabilité un disque trop pressé de quitter son trône pour ne pas entendre geindre, glissant sur un parquet ciré sans les patins aux pieds. Pour un disque avec la supposée boule au ventre pas de vertige, celui-ci étant pour l’auditeur qui n’en reviendra d’entendre « sex on channel # » et ses différents niveaux de lecture. Rassuré par cette entrée la mélancolie de « waiting for you » expulse Dionysos du champ de la crédibilité avant de leur mettre la tête sous un sac via « trigger dear » premier moment fort sur tempo faible de ce nouvel opus, qui doit autant à la veillée qu’au Velvet Underground. Ne laissant pas le temps passer, les C.H. le rattrape, marquant des pauses (« bloody valentine ») et de fausses siestes (« is mother right ? ») qui en disent long sur la faculté du groupe à écrire avec une souplesse magistrale même quand l’orage gronde. Mais Cornflakes Heroes fait aussi dans l’exploration (Rotten Throat / Sweating Pores) comme si le costume étroit se décousait pour se muer en autre chose comme on jouerait aux légos. Le ton devient Presque grave avec « pow !!! », morceau pendant lequel un venin semble avoir infecté les personnages de la pochette du disque. Que dire de “dig a hole” qui sort tout droit du “to bring you my love” de PJ Harvey, le monstre de retour. “Baby Honey” au ukulélé était l’antidote à moins que tout le monde s’y trompe, les cœurs sont aussi là pour la communion, donc l’entrée en religion. Puis arrive « good morning naked city », sommet du disque comme si David Gedge avait donné les clefs de son “California” pour en refaire une contrée sous un soleil doux, un endroit où l’on jouerait en technicolor en avançant à cloche pied, prononçant “velvet underground” avec une fraicheur loin du snobisme à la mode pour tout ce qui touchait à Cale and Co. “shabu shabu” qui clos ce disque est un matin dans le brouillard, mais un matin doux qui sent le frais l’herbe coupée et les tartines grillées. L’écueil est alors passé haut la main, la suite surpassant le point de départ, jouant à ne jamais nous faire, mais toujours à nous étonner. Les C.H. sont à l’image des monstres hilares de la pochette, les bras en l’air plus pour s’aérer que pour fêter une victoire, car par d’esbroufe ni de leçon à donner, les C.H. c’est juste l’une des meilleures alchimies à l’heure actuelle. Un disque Dionysaque et ravageur.