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Pour les groupes anglais « phénomènes » issus du début 2000, l’enjeu consiste à survivre dans la voie d’un renouvèlement qui ne trahirait pas leurs approches originelles. Difficile grand écart (plus l’espace est creusé entre l’innovation et la tradition, plus l’inconditionnel boudera l’affaire ; et plus la mise en danger parait mince, plus l’auditeur accusera la formation de camper sur des valeurs acquises).

Hier, Bloc Party, à trop vouloir remettre ses compteurs à zéro (traduction basse : évincer les guitares pour le tout électro), perdit en chemin le parfum cold-wave qui en faisait le prix. Maxïmo Park, plus fragile mais aussi plus honnête, lorgne dorénavant vers le bis repetita punchy (qui possède au moins l’avantage de ne pas trahir sur la marchandise convoitée).

Franz Ferdinand, le plus U2 des trois (au sens de : remettre le succès en jeux pour acquérir un nouveau triomphe commercial), est plus malin mais aussi plus lisible.

Avec FFS (fondé avec les Sparks), Kapranos et son gang semblaient vouloir déblayer, par à-coups, une terre inconnue. Du reste, avec le recul, cette collaboration ressemblait beaucoup à du Sparks et moyennement à du Ferdinand. Ce que confirme Always Ascending, cinquième album qui fait mine de prendre le grand large mais s’apparente in fine à du Franz sans Sparks ; autrement-dit à un disque qui aimerait surprendre mais pratique l’autocitation.

C’est ce qui déconcerte le plus à l’écoute d’ Always Ascending : malgré la production spacieuse de Philippe Zdar, en dépit de certains sortilèges Italo disco encore plus affirmés qu’auparavant, le groupe dilapide son Best Of. Chaque titre ou presque renvoie à Take Me Out, The Fallen ou Do You Want to. Dans un effort sans chair, forcément dénué d’émotion. Franz Ferdinand s’acharne à composer le « tube parfait », mais la spontanéité naturelle de 2004 laisse maintenant place à un professionnalisme trop dérangeant car hyper voyant. On pense à U2, toujours, qui peut écrire de bonnes chansons mais les détruits par un excès de visibilité.

La spontanéité engendre la surprise de l’écoute ; or, ici, le mécanisme trop huilé de la machine donne un résultat certes populaire mais sans affect, robotique la plupart du temps (sauf sur Lois Lane, inattendue fraicheur extirpée du vaisseau fantôme). De ce point de vue, mais seulement de celui-ci, Franz Ferdinand, en 2018, est effectivement un groupe pop-ulaire. C’est-à-dire : qui se recycle lui-même. Glauque.




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