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Les relations platoniques que nous entretenons maintenant avec Morrissey ne doivent pas tant au Mancunien qu’à notre propre lassitude. Car depuis Malajusted, pour ne pas remonter jusqu’au criard Southpaw Grammar, l’ex fan des Smiths accepte l’inévitable déception que constitue un nouvel album solo de Morrissey. Oublions les provocations à deux balles pour ne retenir que l’essentiel : un disque du Moz s’écoute d’une oreille distraite, par fidélité mécanique plutôt que par réel enthousiasme. Nous sommes parfois contents de voir que Morrissey est toujours capable d’écrire une bonne chanson, mais depuis combien de temps n’a-t-il pas écrit une grande chanson ?

Plus grave : misant essentiellement sur les vocalises (certes impressionnantes), Morrissey délaisse la musique et, depuis Southpaw, se contente de textes pépères quand il ne puise pas dans un fond mélancolique aujourd’hui obsolète.

Low in High School ne changera rien à notre envie de voir Morrissey prendre sa retraite : mieux que Years of Refusal (album purge), moins bien que World Peace is None of Your Business (qui n’a pourtant jamais dépassé les trois écoutes), inexistant comparé à Viva Hate (son chef-d’œuvre), ce onzième Morrissey ne provoque aucune émotion particulière. Quelques grattes lourdingues (comme d’habitude), des dérives hispanisantes certainement adressées à ses fans de L.A., une voix qui domine mais qui n’a rien de bien intéressant à raconter, une production massue (pas le soucie de Steven, ça)…

On fait l’effort d’écouter l’album trois ou quatre fois. Geste purement adolescent (en souvenir des Smiths ?), mais le cœur de l’auditeur n’y est pas. Plus le temps passe, plus Morrissey devient anachronique, plus chacune de ses nouvelles sorties vire à l’anecdote. Triste dégringolade pour le héros de notre adolescence : il pourrait sortir un album digne que l’on s’en foutrait un peu. Et quelque part, c’est maintenant le cas.

Il faut également dire que Morrissey nous a tous un peu usés. A force de bomber le torse en compagnie d’un groupe de rock parfois proche de la nullité, à force de déclarations minables, à trop accumuler les mauvais disques (ou les albums « passables »), le Moz nous gonfle. Notre patience atteint dorénavant la limite du tolérable. Dommage car Low in High School n’est pas un si mauvais disque. Simplement : Morrissey ne nous intéresse plus. Comme un divorcé qui retrouverait son premier amour et qui n’y verrait que l’usure du temps.