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Si pour survivre aux jours il fallait un pansement, un petit sparadrap collé sur un bout de coton betadiné, si il fallait une petite pilule pour que l’enfance reste nature, que le cœur ne croisse et les chœurs grandissent, je puiserai sans doute dans cette intime trousse de secours qu’est Manifeste. Manifeste, c’est ce petit papier bien plié qui se cache dans le fond des boites en carton léger des antibiotiques, des alcools, des baumes, qui vous décrit les maux et les tourments, et vous guide vers des légères chaleurs, des intimes mieux. Kiefer est un de ces condiments, une des substances qui composent les médicaments de nos égards, les pastilles de nos tristesses. Sous l’enveloppe biodégradable et bio agréable d’un Bertrand Betsch, Kiefer calme les brulures et renforce nos défenses intérieures d’une délicate et simple poésie, issue des mots quotidiens d’un sirop d’Yves Simon et du fragile dictionnaire visuel d’un "Portbail" de Souchon, et des sons d’une enfance a la fois bois et rues, a la fois électrique et écho, école et amours. Kiefer avait déjà montré ses détours des choses, sa vision tant excentrée sur son monde dans un Ep. Intitulé "Rose" en 2014, qui parait désormais une planche de bois avant le vernis, encore rugueuse, encore sauvage, en attente de l’humanité qui lisse, calme, soigne et nivelle les échardes et les cotons, si "Rose" étaient chansons d’enfances, "Manifeste" est un kit de survie a l’adolescence, une pommade au premier baiser, une gélule aux exils des souvenirs. L’art de Kiefer ne se résume pas que dans ces soins intégraux, ces tesselles d’une mosaïque que j’espere epique, longue comme l’eternité, il reside dans la finesse de ses alentours, les choses ciselées a ses côtés, de l’interpretation qu’il fait de ces lieux et gestes autour de lui, des traces, des empreintes laissées sur le papier polaroid de sa vie, dans les histoires de gens ici et là, et dans le naturel de sa prose (mots et sons sont ici autant poesie l’un que l’autre). La lettre et la musique de Jérémie sont frais, aeriens, paroles a plusieurs etages pour que tous y puissions vivre, de petits passages entres rues, promenades sinceres a ras des murs, aux levres des lames, des imageries errantes qui nous offrent des voyages dans ce jour le jour de nos années, dotées de nostalgies, regrets et clartés. Jeremie, si je peux me permettre de te parler ici directement sans que personne n’ecoute, je serai a jamais jaloux de cette maniere d’ecrire, de voir le monde, de l’exprimer, et de l’offrir, genereux et magique. Manifeste est source de calme, fontaine de tranquilités. Dessous ces eaux, reste des precipices et des enfers, surement, mais tachons de faire que leurs feux et leurs chutes soient plus faciles a digerer, plus artistiques, acceptables. Je veux dire par là que loin de ces chansons l’idée de n’etre que chanson, elles s’emplissent de legeres gaités et s’amplifient de certaines douleurs, comme il est si bien dit sur sa page officielle, c’est un disque pour transformer la colére en carburant, mais aussi la beauté en vents legers, de contrastes a peines montrés mais sous-jacents, presents dans des vides, absents dans des pleins. Autre particularité de ce chantre fragile et songeur, paisiblement humain(avec tous les coups de poings que cela entraine aussi, Marvin), c’est qu’il m’est totalement impossible de trouver la vieillesse dans ce collier de compositions, j’ai eprouvé la sensation terrible d’etre gamin et vieillard d’une note a l’autre, d’un instantanée a l’autre, Kiefer defait et refait le temps comme les pecheurs arrangent leurs filets sur le port, le futur est une empreinte de demain, hier est une trace d’avant, les lendemains regardent en arriere et les jours d’avant en avant, c’est là un don de poete, qui fait que je n’ose poser de date de naissance sur ces creations, ni des encarts de décés sur ses chansons. La solution de son oeuvre est peut etre cette quête du temps, elle est alors, magnifiquement presenté dans ces ecrins, qu’ils soient dans ce "Sucrée-bullée" tant diabolo menthe que dans "Eaux futures" qui griffe comme un malaise - Note a part, ma chére Pauline Drand, nymphette des eclaircies, fée des lueurs, fragile aile de libellule, c’est posée sur ce merveilleux"Conversation" et le duo a accroché toutes les etoiles de la voute celeste, si tendre, si beau, sincere et friable beauté (ceci aussi est don et talent d’ artiste, s’abreuver des nectars des plus belles fleurs pour en faire un venin a jamais dans nos ventres) - Manifeste cite Marvin Hagler comme soulevement, rebelion, parce que l’adolescence qui jonche ce disque est illusionné et rebelle par logique de vie et frappe comme le boxeur le coeur et puis la machoire, j’y trouve plus facilement cette phrase accollée a jamais sur les epaules de Mohamed Ali, "Vole comme le papillon, pique comme l’abeille"mais laisse a Cesar ce qui appartient a Cesar, c’est son manifeste, ses pas jusqu’ici, sa parole, ses larmes et ses commissures, bientot viendra "Exode" et puis enfin "Racines", volets latents de cette trilogie intime, ouverte de l’interieur, son implosion qui nous atteint, noms qui sonnent comme toutes nos vies et leurs biographies en constructions, les enfances, les adolescences, et demain, demain le bonheur d’avoir ces chansons comme souvenirs sans ages pour cheminer un peu plus loin, dans les normes sans frontières de ce manifeste. En attendant l’exil, soignons nous l’âme et le corps, manifestons.




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