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Le nom d’Aquaserge ne vous est probablement pas inconnu, et c’est bien normal. Ne serait-ce que parce que j’arrive avec cette chronique tel un cavalier d’Offenbach… après la bataille. Mais aussi parce qu’il s’agit là du sixième album d’un collectif qui a déjà fait bien parlé de lui pour sa vision très libre de la musique d’expression française. Comme tout retardataire, je vais essayer d’éviter de redire ce qui a déjà été dit. Je passe donc immédiatement sur les jeux de mots du nom du groupe et de l’album pour aller au cœur de la musique.

Le groove des sax ouvre le bal. Si vous avez décidé que le saxophone devait absolument être rayé de la carte depuis l’album [insérer ici un album des années 80, genre un Goldman], vous n’allez pas être déçu. Car l’écriture intelligente, qui n’hésite pas à piocher dans toutes les musiques, permet aux toulousains d’incorporer à peu près tout ce qu’ils veulent sans jamais faire de fausses notes. Leurs grandes qualités d’instrumentistes y sont probablement aussi pour quelque chose. On passe donc de tonalité en tonalité, de rythme en rythme, de son en son, de riff en break sans jamais repasser par la case prison. On a facilement envie de penser à Zappa et à sa capacité à faire, avec beaucoup de dérision, une musique tout à fait sérieuse sans jamais avoir l’air d’y toucher. Il y a de cet esprit, de cette façon de voir la musique dans Laisse ça être.

Quelque part, tout cela pourrait presque paraître facile, et une écoute superficielle nous plongera dans un univers très seventies, un peu barré, mais qui ne renierait probablement pas une sortie de piscine en bikini à l’arrivée de Danny Wilde et Lord Brett Sinclair. Sauf que nous sommes bien en train d’écouter un disque français sorti en 2017, et que la musique est aussi française que le texte. C’est là que réside, à mon sens, l’intérêt du travail d’Aquaserge. Faire groover le français en toute décontraction. Et c’est bien une réussite. Ça part, ça se tend, ça s’envole, ça s’harmonise en suivant des parallèles qui arrivent à se croiser, ça ne s’interdit aucune passe d’arme, et ça nous parle, à nous petit peuple du vin.

Comment résister à l’envie de trouver ça fabuleux ? Comment ne pas se laisser aller à la chronique dithyrambique, aux champs lexical de la jubilation ? En regrettant que le côté intellectuel du disque passe parfois avant l’émotion. Ce n’est qu’un petit regret qui ne gâchera en rien mon plaisir, mais j’espère que tout le monde acceptera de se prendre au jeu et de se laisser surprendre quitte à perdre ses repères… ça en vaut la peine.

Au fond, une seule vraie question qui nous reste (à moi et à John Lennon) : est-il temps d’aller savourer un vin anglais en écoutant Laisse-ça être d’Aquaserge ?




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