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Suede n’a jamais rien eu de bien sérieux. Avec son antiaméricanisme primaire et sa loyauté bowienne en une pop anglaise ethnocentrique, le chanteur Brett Anderson crachait sur bien plus fort et intéressant que lui : le rock slacker de Pavement, les expérimentations bruitistes de Sonic Youth, le hardcore branleur des Butthole Surfers… Suede, finalement, n’avait retenu qu’une manière d’exhibition parmi la cohorte de ses références autoproclamées (références anglaises, of course) : des Smiths, l’androgynie ; de Bowie, le glamour ; de T-Rex, les guitares dressées avec fierté… Pas un hasard si, à la même période, nous préférions à la vacuité revendiquée de Suede la pop cynique et vacharde des Auteurs : dans le premier cas, une provocation qui ne tenait qu’à des poses scéniques doublées d’un discours inerte (« Yanks go home » clamait Brett sur la couverture du magasine Select) ainsi que de paroles dont le comble de la subversion consistait à laisser planer le doute quant-aux orientations sexuelles du groupe ; dans le cas Auteurs, un humour vachard directement hérité de The Fall, un besoin maladif de cracher, via un égocentrisme génialement bilieux, sur la terre entière (anglais comme yankees dans le même sac)…

Par leur apologie suicidaire de l’adolescence vue comme un moment de défaite revendiquée, les Smiths ne pouvaient que rentrer dans l’Histoire. Suede, non. Pas assez sincère, trop calculateur, trop poseur… Logique prévisible : lorsque l’amusant règne du mouvement britpop intervint sur toutes les ondes, Suede n’existait déjà plus. Entre les historiettes kinksiennes de Damon Albarn, la fascinante bêtise des frères Gallagher et la distanciation ironique de Jarvis Cocker, Brett Anderson ressemblait à un maudit ; à celui qui, à trop vouloir empocher le public vite et bien fait, avait finit sur le bas-côté, saltimbanque dérisoire, frimeur « à l’hélium » (dixit Noel Gallagher).

Pourtant, il faut l’avouer : depuis quelques années, on réécoute Suede, comme ça, durant les moments de profondes inactivités et lorsque les aléas quotidiens empêchent de clairement optimiser la galère des prochains jours. Réhabilitation d’un groupe suspect ? Assurément pas dans le sens où, en tournant les albums de Suede dans tous les sens, le constat ne change guère : le meilleur de Suede pourrait facilement tenir sur une compilation dix titres (« The Drowners » - meilleure chanson du groupe -, « Animal Nitrate », « Metal Mickey », « So Young », « She »…).

Aussi, l’annonce des retrouvailles Anderson / Butler ressemble à un non-événement, comme si le comeback de Suede était planifié depuis longtemps, comme si le groupe de Brett attendait le bon moment afin de refaire parler de lui… Autant dire que ce « Bloodsport », que nous aimions ou pas Suede, n’apporte rien de plus à la gloire éphémère du groupe. L’album, loin d’être mauvais ceci-dit, contient des petites étincelles dont le plus gros malheur consiste à n’appartenir qu’au début de la décennie 90. En fait, « Bloodsport » aurait fait un acceptable successeur à « Coming Up ». A l’époque, le critique rock aurait crié à la baisse d’inspiration, au disque de trop. Aujourd’hui, ce « Bloodsport » ravive malencontreusement une période que n’importe quel fan de pop anglaise ne souhaite sûrement pas revivre : l’anglicisme comme étendard, la frime british contre la prédominance ricaine. Et Suede, c’est clair, ne récoltera nada avec ce nouveau disque : à quoi bon reconsidérer la légende manquée d’un groupe qui ose encore, en 2013, se nimber dans l’Union Jacks ? Brett Anderson n’affirme ici rien de bien nouveaux : « I wanna be adored ». Oui mais non : Brett, et Suede, ne renverront ad vitam aeternam qu’à un groupe totalement dépassé par l’intelligence du Blur époque « Parklife ». Blur reste la croix que Suede devra porter jusqu’à la fin de ses jours…

La reformation Suede est d’autant plus triste que Brett Anderson, sur trois albums solos de très haute classe, s’était reconverti en humble crooner… Echec solo aidant, Brett Anderson, dépité, revient labourer Suede afin de retrouver un semblant de gloire et de légitimité artistique. Mais Brett, aussi génial qu’idiot, ne comprends pas, et ne comprendra probablement jamais, qu’il est unique à partir du moment où sa voix s’affirme sans delay, sans mixe outrecuidant, sans cette détestable manie à pavaner torse-nue…




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