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La vie de groupe est une réduction de la vie démocratique, la version la plus synthétique en étant le mariage. La démocratie a pour principal intérêt de vous laisser vivre quasi librement, sous couvert de respecter des règles qui sont là pour donner à certaines de vos pulsions le droit d’aller voir ailleurs. Avec ces règles les hommes essayent de vivre en harmonie, s’obligeant à accepter les différences, se nourrissant parfois même de celles ci quand leurs ouverture d’esprit a dépassé celle du mouton. Dans un groupe de musique les règles ne sont pas révisées par un conseil constitutionnel quelconque, chacun arrivant avec ses propres envies, ses propres désirs, essayant de les faire accepter par des stratagèmes plus ou moins acceptables. Dans cette guerre des égos, le leader n’a pas toujours la partie facile, et ses pulsions ne correspondent pas toujours à celles des autres, il se voit alors contraint et forcé de ranger celles ci, ou alors de se travestir sous un nouveau nom pour les faire passer.

Quand Thom Yorke est arrivé il y a de cela 7 années pour un premier effort solo (Eraser, qui d’ailleurs a un artwork assez similaire à Amok), nous nous demandions tous pourquoi sortir sous son nom des titres trouvant leur légitimités dans la discographie de Radiohead. Dans le même temps nous trouvions cohérentes les escapades de Damon Albarn, répondants à un besoin artistique que Blur ne pouvait lui offrir. En 2013 Thom Yorke remet le couvert, avec comme variante la création d’un « super groupe », l’adjectif super étant là avant tout pour nous dire que les musiciens présents sont des cadors de la profession, des artistes des vrais, venant pour certains de groupes encore plus gros que Radiohead (est ce possible ?). Avec Nigel Godrich, Joey Waronker et Fléa en lettres capitales sur l’affiche, en dessous de celui de Thom Yorke, le casting était alléchant, et nous nous disions, mais vers quelle direction musicale Thom va t’il se risquer ? un retour au rock ? un projet pluriculturel à la Gorillaz ? un pont entre deux rives musicales qui ne sont pas encore touchées ? Et bien plouf, nous en sommes tombés de la rive, car AMOK est au final (je sais c’est radical) un énième album de Radiohead. Depuis KID A et Amnesiac, Thom Yorke a cessé de nous surprendre. Il nous charme toujours, « Default » en est la preuve, mais à quoi bon changer d’identité pour sortir les mêmes disques ? Fléa est il plus vendeur que le backline de Radiohead ? le concept du super groupe est il une façon de rejouer aux super héros ou tout simplement Thom Yorke est il enfermé dans un cerveau qui ne le laisse plus se balader ailleurs autrement qu’en mettant un slip au dessus de son pantalon ?

Derriére AMOK ne se cache rien, aucune surprise, les mêmes gimmicks, les même tiques toqués d’un artiste qui a laissé le rock se demerder tout seul pour survivre, lui préférant une électro inspirée mais tournant en définitive sur elle même. Agriculteur dispendieux à l’achat de ses nouvelles terres à cultiver, Thom Yorke a acheté une lame tellement puissante que le superbe sillon qu’il a traçé il y a dix ans ne pourra jamais être recouvert pour de nouveau être utilisé, même avec des nouveaux bras comme compagnons. AMOK un bon disque (« Unless » est une démonstration supplémentaire) d’un Radiohead fantasmé, mais un disque de plus dans une discographie qui peine a retrouver les fulgurances (il faut être honnête monumentales) du passé. Donc un disque de plus, un disque pour rien, comme cette chronique en fin de compte.




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