> Critiques > Labelisés



Il y a quelque chose d’irréel, de presque trop beau dans le premier album de The Go ! Team. Cela tient d’abord au fait que cette musique n’est pas définissable avec le jargon habituellement utilisé par le chroniqueur roué et en manque d’inspiration : est-ce de l’electro-rock organique ? de la soul sous amphèts ? du kraut-hip-hop ? du zouk iroquois ?

Non. The Go ! Team fait de la musique phantasmatique, la musique que l’on a (que j’ai, en tous cas) toujours voulu entendre, et a donc monté un groupe rêvé. La science intuitive du puzzle débraillé, du bric-à-brac électrisant, là est toute la force et la singularité de The Go ! Team. La seule composition des membres du groupe peut aider à se faire une idée approximative de l’affaire en question : un guitariste chevelu, deux batteuses (une Allemande et une Japonaise), une chanteuse-rappeuse nommée Ninja et un organisateur discret, Ian Parton. Celui-ci, on l’imagine facilement en train d’élaborer, dans sa chambre, cette troupe qui a plus à voir avec les Power Rangers qu’avec les Strokes, de tester des castagnettes sur du Kraftwerk ou une embardées de pipeau sur Joy Division, bref de faire avec de la musique ce que font les enfants et leurs " vrrrrrrrouumm-vrrrr-shhhhh-iiiiiih " avec des gommes auxquelles ils donnent le rôle de voitures rutilantes. Du contre-nature, du phantasme pur. Concrètement, The Go ! Team fait de la musique (quasi) instrumentale et rassemble en 35 minutes bon nombre d’éléments piochés dans les genres de musiques adorés (avec cependant un penchant certain pour les décennies paires…) : batterie(s) tonitruantes, basses new wave, guitares bruitistes, échos de voix tout droit sortis des labels Stax ou Motown, ou d’autres choses plus insolites. Tel cet harmonica débridé qui se lance dans un riff entêtant sur le morceau d’ouverture " Panther Dash ". Tel ce pipeau déglingué sur " The Power is On ". Tels ces cuivres en folie sur la bombe " Junior Kickstart " sommet de l’album, soit, d’après la description de Ian Parton, la convocation de Sonic Youth pour la mise en son d’une course-poursuite en voiture. Et c’est exactement cela : on devinerait presque Steve Mc Queen derrière les fûts, l’imaginaire marchant à plein régime, aussi bien du côté des musiciens que des auditeurs. Autres exemples de cette furie euphorisante, " Ladyflash ", soit les Supremes qui auraient croisé Bran Van 3000, ou ce " Huddle Formation " , ni plus ni moins que le pendant au féminin du " Hey ya ! " de OutKast, avec ses chœurs de pom-pom girls et son synthé volé à Grandaddy. Les trémoussements ridicules dans son salon sont assurés tant The Go ! Team déploie sur ce dique une énergie très " live " qui les distinguent pour le coup des Bran Van 3000 déjà mentionnés ou de The Avalanches (auxquels on les a abusivement comparés) dont l’armée de samples n’a rien à voir avec la simplicité brûlante de joyeux drilles, celle d’un véritable groupe de pop mutante évitant systématiquement la vogue de la singerie rétro, et dont la puissance et le groove dévastateurs feraient passer The Rapture pour un groupe de post-rock suisse et asthmatique.

Cette simplicité, celle du caressant " Everyone’s a VIP to Someone ", rencontre de Morricone et de Death in Vegas, on la retrouve autant dans la musique que dans ce qu’inspire le groupe. Car The Go ! Team est avant tout un groupe de fans, dévorant, déconstruisant et rejouant toute les musiques qu’ils écoutent dans un enthousiasme confondant, donnant des coups dans les tibias du rock quand il se prend trop au sérieux (des gens capables de danser sur tout et n’importe quoi, ça…), et expliquant au final le (bien trop grand) nombre de références citées dans cette chronique. Qui est celle d’un fan.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.