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Nous connaissons tous ces attirances-répulsions pour les lieux sombres, comme des aimants liés à nos angoisses. Nous aimons ces murs souillés par la blancheur sâlée du salpêtre, nous aimons ces craquements du bois dans cette vieille maison comme autant de pouls filants... Nous aimons nous perdre dans ces escaliers sans lumière avec cette petite marche plus fatiguée que les autres que nous évitons à chaque fois, avec les souvenirs des rires d’enfants qui se faisaient glisser là...

Nous aimons les ouvrir ces vieux albums photos aux pages qui collent les unes aux autres... Nous aimons ces visages pour toujours jeunes et souriants, ces visages pourtant disparus...

Nous aimons jouer avec les formes des nuages, là voir un éléphant qui sourit à un serpent, ici un petit ballon de fête foraine comme suspendu à un dragon... Nous aimons déchiffrer les messages écrits dans le ciel... Pour cela, rien que pour cela, Mathilde Forget est la pierre de Rosette de nos incompréhensions... Voir l’oiseau dans nos larmes, reconnaître le tremblement de l’âme encore apeurée dans le bruissement d’un drap ("Complainte d’un ange")

La musique de Mathilde Forget est frissonnante, chargée de lyrisme... Ici, il est question de lâcher-prise, d’égarement... Ici, il est question de l’instant d’après, de l’instant trop tard, de l’instant de trop... Vous sentirez dans ces notes des accents d’une Tori Amos enfin sobre ("Sous un oiseau")

La musique de Mathilde Forget est frissonnante, un peu comme ce moment d’après le plaisir, ce moment où les corps se séparent, où la peau conserve la mémoire de la chaleur, de la tendresse... Cette empreinte invisible et pourtant indélébile... Ici, il est question de faux-semblants, de trompe l’oeil, de fausse nonchalance, de non-dits, de petites traîtrises en vraies tromperies, de ces petits riens à décoder dans les pas grands choses du quotidien... Il y a quelque chose des matins rayonnants d’une Carole King, d’une Laura Nyro ou d’une Catherine Watine ("Nightmère")

La musique de Mathilde Forget est frissonnante... Il est des chansons vouées à l’horizontalité, à l’immobilité chaleureuse... Il en est d’autres élévatrices, rédemptrices, verticales et diagonales...

Nous nous rappelons tous cette première aube vue, ressentie, quelque part dans nos chairs... Ce premier matin après une nuit de fête et d’ivresse que l’on voudrait voir encore et toujours durer... Nous nous rappelons tous cette chaleur ressentie dans ces heures entre chien et loup, nous nous rappelons la torpeur de nos corps fatigués, cet amour adolescent à jamais incandescent ("Dès l’aube")... Nous nous rappelons tous cet autre qui n’était pas l’autre mais l’extension de nous-mêmes....

La musique de Mathilde Forget est frissonnante, de celles que l’on n’oublie pas... Elle tremble entre vos mains, comme du sable qu’on ne parvient pas à contenir et qui fuit entre nos doigts ("Walk By With Hope") Nous reprenons le chemin de cette plage de notre adolescence, le corps de l’autre tout à côté de nous, sa chaleur, sa fièvre et cette aube qui n’en finit pas de monter sur la ligne d’horizon...

http://www.mathildeforget.com/




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