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Havilland DH. 89, c’est un avion, pas grand-chose, un avion de plus dans le ciel, on l’a nommé Dragon rapide, pourtant, il a une forme pacifique. On peut croire que Dragon rapide était un film de Bruce Lee, mais pas du tout, c’est aussi un film, en effet, mais d’un tout autre genre. Pour moi qui vit en Espagne depuis plus de vingt ans, ce nom est une barbarie, un morceau d’histoire presque vomitif, le retour en terre d’un dictateur a bord de cet avion piloté par un anglais qui faisait dans l’acrobatie plus que dans la politique, la prise de pouvoir de Franco, les années craintives et closes d’une Espagne somnifère, et triturée, je vous assure que cette blessure traine encore beaucoup par ici, l’Espagne a un retard moral terrible, des libertés encore sous-terraines. Alors savoir que Dragon rapide sera désormais dans les wikipedias, autre chose qu’une étape sombre a l’ombre des ailes d’un avion, sinon aussi une musique, un plaisir, autre chose, cela refait le tissus de la mémoire de couleur beaucoup plus aimable. Dragon rapide, c’est pourtant agréable, très logotype, un nom bien choisi, comme une marque heureuse de boisson énergétique, des vêtements sports, un doux alcool, un truc magnifique, plage exotique, manège électrique, alors il était temps qu’une lumière exile l’ombre, et que l’on puisse parler avec une certaine joie de cela. Il y a en fait, un peu de tout cela dans ce Dragon rapide là, j’en attendais la joie et vint la joie, et de belle manière, pas sur les ailes d’un avion, mais aussi flottant qu’une bonne pirouette aérienne, question de s’envoyer en l’air.

Dragon rapide a pour tristesse la fin d’un concert, trois fois rien, mais a pour liesse des instants énormes de planches et baffles , vous savez, ce sourire d’un premier jour de vacance qui envoie chier la cravate, cette légèreté que prennent dés lors toutes les labeurs et peines, c’est comme si on faisait un cover de "Enter sandman" par les Lightning seeds, comme si Weezer te redonnaient un second souffle de "Paint it Black", quelque chose des Beatles qui auraient vraiment vécu l’époque acide des Hippies californiens. Ça donne du Black keys, du 1975, ça donne un regain Pixies, ah, et cet humour si charmant et cinglant de Travis. Dragon rapide a ce don qu’avaient pas mal de groupes des nineties stoppés juste en 1999, on ne sait pourquoi ni comment, les Nada surfs, les Teenage fan club qu’ils citent eux-mêmes, ou encore les Feelies, lemonheads et Posies. Enfin, là où s’arrêtèrent les pionniers, suivirent les héritiers. Dragon rapide est de ceux-là, Sylvain Jimmy et Pog, prénoms taillés du trio de Clermont-Ferrand, se sont enivrés de ces sons, bus jusqu’à la lie d’un bar a l’autre, d’une scène a l’autre, on s’enivre toujours de l’alcool qu’on préfère. Pas tombés de la dernière pluie, ces trois lascars savent du sauvage et du sage, ils savent quand le son a besoin d’être nu et quand il vaut mieux qu’il soit revêtu, ils savent quand la chair se doit d’être crue et quand il ne faut croire seulement a la chair, ils savent jusqu’ou déposer la dot punk et l’héritage rock. C’est du sec, c’est de l’aride, c’est humain comme un son sans trucage, c’est viscéral comme un premier jet préservé dans sa fraicheur de flamme, ça cherche pas la poésie, ça cherche l’assaut direct, la secousse, le séisme, le bombardement direct. Il n’y a pas méandre, il n’y a pas nœuds, les lettres sont directes, il ne s’agit pas de faire de la dentelle, mais faut pas faire non plus du chaos, c’est ciselé pour s’ancrer, c’est chanté pour bouger, c’est une fête en bouche, il s’agit d’animer les foules, refrains clos, rythme des mots, et joli boulot (L’anglais, dans ce cas là, est un allier). Quand au sons, il faut se l’imaginer sur scène, c’est un son qui n’a pas besoin (bon, un peu, comme tous) de superproduction, sinon de champ de bataille pour qu’il se taille au couteau, qu’il blesse, broie, brise, les hanches et les sourires, c’est un son sec, désertique comme les bon vieux rocks, fait de lames et de tirs, d’émotions violentes, de sensations primitives, de ces sons qui font suer les publics dans les petits bars et les fait exploser dans les grandes salles, ce n’est pas Lyrique, ce ne sont pas des arias, mais c’est de l’électrique et c’est du bazooka, et ces guitares là font un bien fou quand elles vous coupent, et cette basse est une folie quand elle vous bouscule, et cette batterie est vénéneuse quand elle nous écrase les peines sous les danses. Oui, tout l’héritage du rock est là, dans cette sonorité de fauves et faunes, ces petites furies et ces petites chansons, cet humour et cette liberté, le côté sauvage, qui crée des fêtes partout où nait le feu, histoire de le passer bien, avec suffisamment d’élégance pour le gout, suffisamment d’intelligence pour le son, rien n’est un hasard, le rock, ne s’improvise pas, il se sent, il s’apprend, et il se déploie. Alors le Havilland DH.89 peut décoller autant de fois qu’il voudra avec a son bord tous les bourreaux et idiots qu’il veut, Dragon rapide, c’est aussi l’éclair sur terre, l’enfer merveilleux, de l’alcool et du bon c’est aussi l’humain, enfin, une autre forme de voler.




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