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Si au début on pense trouver ici un ersatz d’une mode au sommet de laquelle trône avec raison et talent Requin Chagrin, on reverra vite notre copie, le disque nous emmenant loin, nous envoyant bien haut, avec une poésie riche et pourtant économe, avec son pendant musical qui lui ira chercher dans les sommets les plus ardus du son pour y cueillir l’émotion.

Ce disque déborde d’une émotion non feinte. On frissonne, on danse, on pleur on cri, on regarde son prochain dans les yeux pour y apercevoir l’espoir que nous ne trouvons plus.

On pourra compter si on n’a que cela à faire, les emprunts à Sonic Youth, à la cold wave à l’after punk, mais nous avions mieux à faire. Se frayer un chemin dans cette fausse froideur, glaçon à l’extérieur au cœur chaud à l’intérieur. Le combat, car il en est un oppose un lyrisme épique et timide, comme celui du François and the Atlas Mountains au moment du Friends EP, surtout dans la façon de chanter, et une musique, surtout la rythmique qui ne cherche pas les obliques, mais traces des lignes à grand coup de baguette, creusant un sillon au fond duquel on pourra chanter en criant ou en jouant avec l’écho pour se sentir moins seul.

Pause Longue est seul, car derrière ce nom énigmatique se cache David Rayot. Il semble accompagné par des âmes, non pas des fantômes, portés par un souffle venant d’ailleurs, de sa jeunesse, de ses rêves. Les paroles sont comme les rythmiques, rectilignes, d’une grande densité pour là encore tracer une trajectoire implacable. Les guitares elles sont les dérégulateurs de ce qui pourrait être une œuvre froide, mais qui brule, tellement l’espèce d’urgence qui est sous-entendue, qu’il rend l’œuvre incandescente. Ces guitares jouent des tonalités avec la dextérité d’un champion de trampoline qui aurait perdu le souvenir même de la marche.

Dans une chanson comme « Zone Perdu » je retrouve certes beaucoup de mes classiques, mais comme si un expert dans l’utilisation d’une alambique, David Rayot avait récupéré ce que l’on apparente au divin quand on aime la musique pas comme les autres, et me le servait sans maturation, celle-ci se faisant dans les oreilles, d’écoute en écoute, car Pause Longue sait manier l’addiction.

Le souffle coupé par les écoutes répétées je décidais d’arpenter les pentes les plus rudes des sommets de ceux qui écoutent cette musique, afin d’y planter un drapeau.




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