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Même après des centaines de concerts, je n’arrive pas à être blasé, prenant ce rendez-vous comme le premier rendez-vous amoureux, la tonne de parfum bon marché en moins, quelques breuvages pour accompagner le repas d’avant en plus.

Ce soir, ce sera soupe de châtaignes amoureusement ramassées au début de l’Automne dans la forêt du village et pomme de terre garnie avec amour . Pour le fromage et le dessert nous verrons au retour de Levignen. Levignen est un sympathique village à 5 kilomètres du mien, prospérant grâce à un unique gisement de gaz, permettant à la commune de se doter d’une belle salle, dans laquelle je suis déjà venu voir Oldelaf pour une comédie musicale plutôt marrante et Miossec pour une fin d’après-midi de dimanche, ressemblant à des retrouvailles sympathiques autour d’une bière locale, la Saint Rieul pour ne pas la citer.

De Saint Rieul il n’en sera pas question ce soir pour le concert d’Albin de la Simone, à priori pour une question de public pas compatible. Ce seront donc des bières qui s’ouvrent manuellement histoire de s’humidifier les muqueuses buccales.

En première partie, nous avons le droit à un artiste local déjà vu lors de la présentation de la saison musicale dans le Valois. Si le groupe a certainement fait plaisir à l’assistance familiale, il me fera encore plus regretter la présence d’un breuvage plus conséquent, ou d’avoir quitté la table précipitamment, laissant au fromage un répit qu’il n’aurait pas dû avoir.

Cela passé il était temps de se confronter à Albin de la Simone. Alors, disons-le tout net, je ne suis pas fan, mais j’aime bien. Mais disons le tout net, je peux être bordélique, et à quelques jours du concert, alors que je voulais me rafraichir la mémoire afin de pouvoir reprendre les refrains, il m’a été impossible de retrouver mes albums d’Albin (bon en même temps, les particules pour le rangement, c’est quand même pas facile, moi même je ne sais pas où me mettre). Heureusement, Patrice Lecot sera là, non pas pour venir ranger ma discothèque, mais pour me communiquer via une plateforme de transfert de gros fichiers, les albums d’Albin. Alors, disons-le encore tout net, j’ai eu peur d’emmener la famille et un couple d’amis, vers une sorte de sieste musicale, et cela pouvait dans le fond tomber bien, car nous étions très fatigués. Assis au fond de la salle, comme des cancres nous vîmes arriver dans un costume bleu Dori le régional de l’étape (Picardie vent debout contre les hauts de France), hilare, car la charmante violoniste venait de se prendre un projecteur en pleine tête avant de monter sur scène. En lien en place de l’austérité présupposée, me voilà déjà piqué dans mon amour propre, cet incident me montrant que l’ennui n’était peut être pas là où je le pensais. Le dispositif scénique est simple. Albin au micro et au clavier amplifié, et derrière lui un duo à cordes chantant, et un percussionniste guitariste, les trois non amplifiés. Le quatuor magnifié par de belles lumières (décidément dans la chanson française de qualité c’est presque une marque de fabrique après celles de Dominique A)

Que dire de ce concert ? que j’ai découvert, bien plus que sur disque, que derrière ces mélodies dans un coton ouaté se cache une douce ironie, presque une perfidie a qui sait entendre et accepter le ridicule de sa situation. Les textes sont ici quasiment théâtralisés, et c’est normal, chaque chanson dépeignant parfois avec acidité les revers et les perversions quotidiennes, rappelant les flèches au cyanure de la minute nécessaire de Monsieur Cyclopéde, que les contemporains rangeaient dans les piètres galéjades (mot Macron compatible) d’un humoriste sans talent.

Albin parle de nous, nous parle nous proposant de façon subtile de nous questionner sur nos rapports non pas au monde (trop vaste), mais à notre cercle. Musicalement cette forme de ligne claire, si elle justifie le fait de ne pas compter sur un grand nombre de buveurs de bière, elle ne justifie pas mon scepticisme d’un rendu live. Car oui Albin de la Simone est un reformeur, danseur comme sorti de « The Party », clown quand il doit faire face à un micro rendant l’âme et conteur quand il introduit une chanson avec mille fois plus de talent que l’amicale des one show-men français abonnés au reader digest payant des punchlines faciles. On ne s’étonnera presque pas de la poésie terminale, mantra poétiquement correct, mais religieusement blasphématoire, donc jubilatoire.

Cette soirée comme une démonstration que si les collectivités locales doivent faire preuve d’inventivité à l’heure du désengagement de l’État, elles savent de mieux en mieux amener la culture là où elle ne venait jamais. Mon scepticisme passé et travesti avec joie confirme au final que ce concert était précieux et que j’étais ridicule.




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