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« Bungalow », le précédent album d’Albin de la Simone, m’avait laissé quelque peu perplexe. Comme un sentiment d’inachevé dans l’oreille car les textes et mélodies, superbes, me semblaient maltraités par une réalisation trop propre et chirurgicale. J’avais nettement préféré le disque bonus où il reprenait ses chansons en version semi-acoustique-bonne franquette et en petite formation. C’est donc avec un brin d’inquiétude que j’ai entamé l’écoute de ce nouvel album.

Doute immédiatement levé : « Un homme » sonne juste et fait figure de classique intemporel dès la première écoute. La réalisation – la première chose qu’on entend consciemment ou non dans un disque – est ici épurée, presque roots : les arrangements sont très sobres, les sons moelleux ont un très beau grain, ce dernier étant audible parfois jusqu’au souffle, souffle inhérent à l’enregistrement, à la vie même. Le tout est bien résumé par une pochette aux tons passés et au grain très visible. Dans cet album, les basse-batteries sont belles et poppy, rien n’agresse, tout coule de source et offre un merveilleux écrin à la voix d’Albin. Des cordes sont également présentes sur certains titres ; souvent inutiles et sirupeuses dans pas mal de prods, elles sonnent au contraire ici très juste. Et ce son discret, soyeux et rassurant qu’on entend parfois, serait-ce le fidèle Helmut, qui n’est pas son valet de chambre ou son ingé son mais un de des claviers vintage à qui Albin de la Simone a donné un prénom ? Peu importe, je m’égare, revenons-en aux chansons.

Trois m’ont vraiment séduit : « La fuite » magnifique de sobriété, le genre de chanson qui vous fait redécouvrir le charme d’un simple piano-voix. Autre réussite absolue « Elle s’endort » : une des plus belles chansons que j’ai entendue sur être parent (les autres se trouvant notamment sur l’album « Universal Mother » de Sinead O’Connor). Jamais niais mais subtil, contemplatif, impressionniste…servi par des cordes qui font penser à la « Force du Destin » de Verdi. Rajoutons évidemment la chanson qui ouvre l’album, « Mes épaules » : comment peut-on écrire si délicatement ? Le talent sans aucun doute.

D’ailleurs dans tout l’album on peut entendre ces textes sincères, francs et sans chichi, à l’image du bonhomme. On sent qu’il y a toujours cette volonté de ne pas tricher, cette envie de ne pas en faire trop. La voix est simple, sans artifice, touchante car presque naïve tellement elle est nue. Non, Albin ne chantera jamais « Skyfall » comme le fait Adèle (si jamais il lui venait l’idée de faire une telle reprise), et c’est une bonne nouvelle ! Avec ces 10 chansons qui prennent leur temps, Albin de la Simone rejoint la famille du label Tôt au Tard, où cohabitent ses camarades de jeu Mathieu Boogaerts, Vincent Delerm, JP Nataf et qui font partie de ces chanteurs qui oeuvrent à produire de beaux disques en français, comme des artisans modestes et consciencieux. En plus de ceux précédemment évoqués, on peut rajouter Bertrand Belin, Bastien Lallemant, Keren Ann, Emily Loizeau, Camille et tant d’autres. Peut-être suis-je particulièrement sensible à la mélancolie dégagée par ces trentenaires/quadras qui ont grandi avec Goldorak et François de Roubaix dans le dos - pour reprendre l’expression de Vincent Delerm. Une histoire de génération ? Allez savoir…

Quoiqu’il en soit, nous sommes avec « Un homme » à des années lumières de cette variété vulgaire et insipide que l’on subit si souvent sur les plateaux télé et radio. A se demander pourquoi les programmateurs d’émissions grand public choisissent de nous abreuver de Grégoire, Christophe Maé, Yannick Noah, ces champions des bons sentiments, ces grands maîtres de mélodies creuses et paroles débiles, alors qu’existe par ailleurs une telle qualité…Les goût et les couleurs vous me direz ! Certes. Il me semble néanmoins qu’Albin de la Simone tire vers le haut la chanson en français. Merci à lui. Bon sang que j’aime cet homme et cet « Un homme ». Ce mois-ci mes album de chevet auront donc été « Un homme » et l’EP « la Femme » de la Femme. On revient aux fondamentaux. C’est bien.




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