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J’ai des dilemmes énormes, j’ai des doutes propres au musicien frustré que je suis, au dessinateur timide que j’essaye d’éviter, mais les années qui passent, les âges qui s’accumulent, donnent a la balance une inclination terrible, et pour moi cruelle, tu peux te briser toute ta vie dans l’étude des solfèges et des effets chromatiques, si tu n’es pas celui là, si tu n’es qu’untel, doté de banalités, d’idées lisses, réchauffé des feux d’autres, copistes d’autres mots, écrivain de photocopies, tu n’auras jamais la lueur nécessaire. En d’autres mots, on doit surement naitre quelque part artiste, on doit naitre avec un cœur dont la peau si fine n’enferme aucun soubresaut, avec un frisson pour regard, avec une flamme pour doigt. On ne se fait pas chanteur ni peintre sans avoir des océans et des cieux pour muscles, quelque part, on nait sensible. La saudade portugaise est pure sensibilité, c’est une chanson dont l’art réside en un état d’âme qui nomme chaque sensation par des noms de paradis, mais les prononce en tristesses cruellement terrestres.

Denai peut le faire, Denai est nait avec ce clair obscur qui illumine chacun des pianos, chaque larme et chaque histoire, Denai, a un cœur de peau infime, qui transpire des impressions comme il respire, la simplicité des maux, la poésie de toute vision, mué de soupirs, déchiré de beauté. Pourtant, c’est un organe encore si jeune, si sauvage, peuplé d’erreurs et de retouches probables, mais déjà assez honnête pour mériter l’art des saudades, Denai, enfant, chair de Jamaïque et fruit des sons, touchait aux instruments que laissé trainer son père comme on monte des lego, des petits doigts qui se firent seigneurs d’arpèges, barbouilleurs de sentiments, remplissant les poches de curiosités auditives où s’engrangent des Feist, des Aimee Mann et des divas Nina Simone et sœurs fifties de blues brulant, désespéré.

Vous allez trouver en elle la musique que vous aimerais toujours, même si elle différe du tout au tout, puisque ce que l’on aime, n’a pas de son, pas de mélodie, pas de composition, juste une émotion, cette émotion juste qui brille au coin de l’œil. On nait artiste, on a ça dans le sang, ce vermillon, cette couleur rageuse autant qu’hypnotique. Denai Moore pose un léger tremblement, ce frisson sacré, sur les notes d’encres noires qui peuplent les solfèges, et on ne peut plus nier l’art. « Gone » est la réalité d’une douleur, la véritable histoire d’une blessure, le cri étouffé qui voit la plaie, l’accepte, se rend, et conte l’espoir d’une cicatrice. « Part 4 » est une substance qui dérive petit à petit le long de nos pensées, ce liquide qu’on appelle poésie et nous entraine de ruisseau en fleuve, de fleuve en Antarctique, d’Arctique en nous. Une déclamation de lucioles, des étincelles en prose, une chanson faite pour s’imprimer sur papier d’anthologies intimes.

« Wolves » est une espérance, un geste en avant, une force renaissante pour aller un pas plus loin, cette énergie qu’on puise a la fin de tout pour retrouver un début, ce léger sourire en coin, timide, quand vient le réconfort d’une chaleur, cette petite touche de couleur que les grandes songwritters, les Tracy Chapman, Tori Amos, Lucinda Williams et sisters savent toujours glisser dans nos moments gris. « Fatigue » est enfin le repos, la vague calme qui vient masser nos corps endurcis, la légère brise qui nous retourne vers ces parfums d’avant, l’esquisse de composition parfaite d’un sommeil frémissant de rêves sucrés, une certaine joie qui essaye d’être fou rire.

Naitre ainsi, dieux, moi qui suis la somme de mes frustrations, qui ne suis peut être pas nais ainsi, qui doit avoir autour du cœur une écorce, un cachot, naitre ainsi, doit être beau, parce que pour distiller autant de sentiments, il faut avoir la beauté gravée dans l’âme. Je suis peut être pompeux, diable, mais je ne canalise pas bien tout ces frissons. Maintenant, si vous désirez sortir des doutes, écoutez.




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