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L’année dernière, à la même période, les bons disques se faisaient rares et les grands albums ne venaient pas. Une frustration qui, en 2013, n’accablera pas l’auditeur : à peine en mai que déjà un foultitude de très bons disques vers lesquels on se plaira à revenir, inlassablement, selon les humeurs, les joies ou les peines. Mieux encore : quelques grands albums ont imposé aussi bien l’évidence de l’éternité que l’assurance d’une personnalité à nulle autre pareil (au hasard : Mendelson, Boduf Songs, This is Alaska). Un enthousiasme discographique dont Orval Carlos Sibelius (Axel Monneau dans le privé) aurait pu faire les frais alors que sort aujourd’hui son deuxième album officiel après l’éponyme « Orval Carlos Sibelius » de 2006 (sans toutefois négliger le « Recovery Tapes » de 2011). Non pas que nous craignions quoi que ce soit pour la plus belle recrue du label Clapping Music ; simplement, après un premier album de bricolage grandiose, Axel Monneau, à l’heure d’une année riche en confirmations et en retours gagnants, se devait de redoubler d’inventivité, d’excentricité, voire de génie (car le bonhomme en a, du génie).

Dire que Orval Carlos Sibelius, avec « Super Forma », passe haut la main le cap des attentes serait un euphémisme. Car non seulement le jeune homme balance aujourd’hui une sacrée bombe de disque halluciné et hallucinant, mais il se permet également, en onze titres délicieusement barrés, d’écraser toute concurrence, toutes formes de résistance. C’est dit : « Super Forma » est le meilleur disque de ce début d’année. Par meilleur, entendre : qui ne ressemble à rien ou si peu de connu, qui s’accroche à l’auditeur au point où chaque écoute révèle de nouvelles subtilités, des contours que l’oreille n’avait peut-être pas perçu aux premiers abords.

Bien sûr, l’héritage de Orval Carlos Sibelius ne trompe personne. Mais si l’on se permettra de citer, en vrac, les Beatles, le Floyd ou même le prog-rock (si, si), il faudra préciser que chaque référence se télescope, se rentre dedans, se chevauche dans une cavalcade frénétique dont les premières marques de génie seraient… la simplicité et l’évidence. Car ce qui frappe de prime abord face à la boulimie de « Super Forma » reste la logique avec laquelle Orval Carlos Sibelius agence un puzzle sonique assez complexe. Beaucoup s’y seraient cassé les dents, pas lui. Tête brûlée peut-être, songwriter aux doigts de fée certainement, Axel Monneau s’autorise le plus déraisonnable et extravagant des concepts puis en extirpe des merveilles pop comme il en tombe rarement au cours d’une année : un trip psyché qui n’a rien de bab (« Desintegração »), des guitares surf qui vrombissent avant que n’apparaisse un refrain de tueur (« Asteroïds »), des sitars accouplés à une voix et à une mélodie aussi poignantes qu’un inédit d’Elliott Smith s’étant essayé à la musique expérimentale (« Spinning Round »), un manifeste limite shoegaze qui devrait sans problème conquérir les ondes et permettre à son auteur d’acquérir la reconnaissance unanime qu’il mérite (« Good Remake »)… Et que dire des quatorze minutes et cinquante secondes de « Burundi », sorte de mantra électronique (avec des guitares !) dont la lente montée sinusoïdale achève de prouver les faux accents ludiques d’une musique (et d’un artiste) pour qui la prise de risque est un acte inné qui ne se discute même pas. Oui, le génie de Orval Carlos Sibelius se trouve peut-être ici : en petit chimiste, il transforme l’impossible en cohérence, l’inconcevable en évidence. Sur ce point, Axel Monneau est le Boo Radley de la décennie…




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