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La première fois que nous avions entendu Marianne Dissard, elle était une sorte de Brigitte Bardot dans un remake de Bonnie and Clyde en plein désert d’Arizona, faisant la réplique à Joey Burns pour l’un des plus grands succès de Calexico. Partie en Arizona depuis plus de 25 ans, la troublante toulousaine n’a rien perdu de ses racines françaises. Avec « l’entredeux » elle mêle ses deux cultures, loin du fracas qui a dû dévaster la maison dans laquelle notre brunette pose. A l’image de ce qu’a pu faire Françoiz Breut ou même Jean Louis Murat, Marianne utilise l’americana pour donner un nouveau souffle à une chanson française parfois sclérosée dans l’hexagone. Co-écrit avec Joey Burns, « l’entredeux » est peut être le disque le plus proche de ce que Gainsbourg aurait pu faire si il avait préféré les grands espaces au building de la fin de sa vie. Avec sa voix faussement nonchalante, Marianne imprime une atmosphère étrange, tout à la fois suave, sensuelle (« le lendemain » et la « Cayenne ») et étrange. Quand elle chante « merci de rien du tout » on ne peut que la contredire, l’embrassant tendrement de son « sans-façon » qui pourrait renvoyer « le tourbillon de la vie » sur sa pellicule. Car de ses études cinématographiques Marianne a gardé les forces de la suggestion, les contre champs, (« trop exprès ») ici magnifiés par les jeux de voix. Etonnant de se dire que le meilleur de la chanson française nous arrive tout droit de l’Arizona, un disque qui a « ce visage-là », celui d’un disque entre deux cultures, mais avec le même désir celui de plaire. Un disque des cœurs prisés. Classieux aurait dit le grand Serge.