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« […] Tiens voilà c’est ma détresse, tiens voilà c’est la vérité, je n’ai jamais eu d’adresse, rien qu’une fausse identité. Je t’écris de la main bête, qui n’a pas le poing serré, pour la guerre elle n’est pas prête, pour le pouvoir n’est pas douée, voilà que je la découvre comme un trésor oublié... » Si je dois pleurer sur une chanson, c’est sur cette chanson. Si je dois frémir, c’est grâce à elle. Si je dois être enterrée, c’est sur ces notes et ces paroles. Danielle Messia, je n’en avais jamais entendue parler. Les chanteuses françaises « à voix », pas pour moi. J’étais misogyne. Barbara, à la rigueur. Mais snob comme j’étais (mais avec une culture musicale très pauvre, en réalité), je ne pouvais pas avoir eu accès à la grande Messia. C’est un jeune homme, il y un bien longtemps donc, qui m’a fait écouter ce morceau. J’avais 21 ou 22 ans. Merci à lui (mais laissons-le le jeune homme où il est, l’histoire est triste).

Une chanson, donc. Et quelle chanson. Qui résonne toujours en moi quand je l’écoute. Il donne son titre à l’album. Sur la pochette, Danielle Messia a la tête baissée. Elle porte un perfecto noir, elle est debout contre un mur de carrelage bleu foncé, la jupe et le rouge à lèvres tranchent avec le reste. La main droite est dans la poche du blouson, la mais gauche est invisible. Elle se trouve hors du cadre. Invisible à nous, le poing est peut-être serré. « On prend tous la ligne droite », c’est plus facile, mais Danielle Messia (et son coauteur Jean Fredenucci) invite à nous pencher sur la difficulté des chemins de traverses, comme ce qu’elle a vécu avant de se lancer en solo, de choisir la voie de chanteuse. Accepter les difficultés, accepter d’être bouleversé, accepter les embûches, faire face. Aller voir derrière la porte ce qui se cache, être gauche, « maladroite », mais sans compromis. La voix de Danielle Messia exprime espoir et désespoir, la force du travail que l’on fait avec soi-même, la libération de la parole, l’explosion de sentiments. Tu le sens, ce frisson, quand elle entame sa montée ? « Des mots dans la marge étroite, tout tremblants, qui font des dessins... » Les mots tremblent mais pas la voix.

J’en ai longtemps fait une interprétation politique, le chemin le plus court étant le conservatisme bien sûr, le poing gauche libéré représentant l’expression du progressisme, de la révolution. Le poing gauche, c’est la révolution, la main qui se déploie et balaie tout pour tout changer. A la faveur de cette chronique, je découvre que De la main gauche est un hymne féministe, LGTB+, et de ce fait c’est encore plus un hymne personnel. Je l’écoute souvent quand la vie me bouscule.

Le chemin de Danielle Messia fut, hélas, court :a jeune femme est décédée en 1985 des suites d’une leucémie, à l’âge de 29 ans, seulement 29 ans. Avec sa voix grave en bandoulière, avec un talent incroyable. Un passage foudroyant dans la chanson française. Tachons de nous souvenir d’elle.




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