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Il est des musiques qui prêtent à ces errances proches du rythme de la flanerie du pas, du vagabondage qui prend le temps de s’emerveiller des paysages qu’il traverse, d’observer les ombres sur les cimes, de ces voyages quasi-immobiles dans ces forêts ensoleillées où pointent des zones de fraîcheur bienveillante. Il en est ainsi de la musique d’Henri Crolla, de celle de Nino Rota, de celle de Gianluigi Trovesi ou encore de celle de Gianmaria Testa... Olivier Longre vient rejoindre ce cercle très privé de ces peintres d’une lenteur onirique et solaire...

Vous ne connaissez pas Olivier Longre et pourtant vous le connaissez sûrement sans le savoir... Vous connaissez Amélie les crayons ? Sa chanson aux références tant Seventies (Catherine Sauvage,Moustaki,Anne Sylvestre,Barbara) que du côté du folk lunaire des Innocence Mission.... Et bien si vous connaissez Amélie les crayons, vous connaissez Olivier Longre.

En effet, le guitariste de formation a fait les arrangements de "La Porte Plume", travail pour lequel il a d’ailleurs été récompensé du grand prix de l’académie Charles Cros en octobre 2007.I l a également apporté sa touche au dernier album d’Amélie paru en 2012, "Jusqu’à la mer".

Il sort ces jours-ci ce premier album solo, "Antique Melodies", un album très court de moins de 30 minutes...Un album qui fait appel à tous les sens, qui met notre vision en eveil... On ne sera pas surpris d’apprendre qu’en plus de ses activités de musicien,Olivier Longre est également photographe ... Pour preuve,cette belle photographie fantomatique en couverture de l’album qui donne envie de s’y plonger... Il est parvenu d’ailleurs à unir ses deux activités en une seule à travers des chroniques qu’il propose régulièrement chez nos confrères de l’excellente "Oreille absolue"... Ces chroniques, "l’epreuve du son" ont pour but de mettre en sons les sensations ressenties à la vision d’une image.... Je crois bien que tout le postulat de départ d’"Antique Mélodies" est résumé dans cette démarche.... Evoquer par le son des images....

L’album s’ouvre d’ailleurs sur "Song Of Green Valley" qui marqua le début de ces chroniques dont l’idée était de faire se confronter et la musique et l’image dans un enlacement qui brise les frontières. Ce morceau nous baigne dans un univers nocturne et agréable, comme utérin.

"The Migrant" est la réorchestration de l’ouverture du spectacle "La porte plume" d’Amélie Les Crayons... Avec ce titre, nous rentrons dans un espace temps indistinct où arrivent pêle-mêle des images sépia et presque effacées de personnes qui nous regardent du haut de l’exubérance de leur jeunesse éteinte.

"Silent Movie", c’est comme la rencontre de Pascal Comelade et de The Innocence Mission... Et puis, il y a ce travail riche et soyeux sur les arrangements avec cette Lyre, cet harmonica, cette Sanza...

Avec "Sur Les Toits", c’est comme si nous rentrions dans l’écran d’un cinéma qui jouerait "La Rose Pourpre Du Caire" ou "L’illusionniste" de Sylvain Chaumet. Dans un coin, il y a Django qui fait le bœuf avec des vieux tziganes avinés et hilares tandis que des enfants dansent dans une ronde joyeuse....

"Smoking Eyjafjallajökull", c’est comme si Marc Ribot s’apaisait pour assister à l’éruption grandiose du géant insolent et présomptueux.

"Morning notes" brouille une fois de plus les frontières du temps, entre la convocation de la Damia, chanteuse parisienne des années 30 et des bruitages sans substances (Parfait exemple d’hantologie si cher aux Boards Of Canada...) C’est comme une minute et trente secondes en apesanteur qui vous met ce frisson exquis le long du dos... Je pense parfois à Matt Elliott dans l’utilisation des voix réverbérées.

"29" est d’une beauté qui ose le lyrisme...Il ne se passe presque rien et pourtant nous sommes happés par ces notes graciles de Glockenspiel... C’est une musique de rien, de l’infiniment petit, du détail que l’on oublie, du presque tu, du presque rien...

"La routine" est une musique écrite à l’origine pour un duo de danseurs... Et nous les voyons là devant nous qui s’égarent dans des mouvements volatiles avec ce sourire éclatant d’un optimisme assumé.

"The Earliest Land" nous transporte vers d’autres deltas où un vieux noir émacié joue de la guitare slide un soir d’été dans un vieux rocking-chair qui suit le rythme du balancement de la nuit qui tombe.

"West" qui clôt "Antique Melodies" nous met les sens à l’ouest... Nous voila partis dans la quête éternelle d’un ailleurs accueillant, d’un havre de paix, d’un lieu où nous pouvons poser nos fardeaux. Nous le sentons là, presque suffisamment prés pour le toucher mais à chaque approche il s’éloigne dans une frustration douce.

Nous revoyons nos jeux d’enfants dans ces mouvements fragiles de guitare qui rappellent les lignes douces de Don Peris,guitariste du déjà cité Innocence Mission. Nous traversons à bicyclette ces paysages de fin de journée de Toscane avec cette torpeur bienvenue qui nous envahit et nous ramène à notre unité. Nous réapprenons la lenteur, non pas comme synonyme d’ennui mais comme un retour à soi. Nous réapprenons à vivre sereinement avec nous-mêmes, à écouter nos images défuntes qui s’animent devant nos yeux....

Rien que pour cela, Olivier Longre et ses "Antiques Melodies" sont à remercier... Rien que pour ces trente minutes qui nous permettent de n’être qu’Un face à ce soleil de fin de journée qui nous réchauffe quelque part à l’ouest de nous-mêmes...

Site Web musique Olivier Longre : http://olivierlongre.com/

Site web photographies Olivier Longre : http://olongre.hautetfort.com/

Site web Amélie : http://www.amelielescrayons.com/




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