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  • 11 janvier 2013 /
    Michniak
    “Pour Qui Sonne Le Tilt” (N/A)

    rédigé par Archimo
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C’est drôle comme la notoriété tient à peu de choses dans l’univers littéraire. Tout se passe sur la bandeau rouge qui entoure le livre. Au fil d’une carrière, il est tour à tour thématique (ex : “Les tribulations d’un français en Chine”), nominatif (ex : “Paul Auster”), puis finit par afficher un seul mot qui aura le pouvoir de tout évoquer (ex : “DURAS”). Ce disque s’annonce donc comme un avènement : les thèmes de groupe sont dépassés (Diabologum, Programme), le patronyme complet a déjà fait une tentative il y quelques années (« Poing Perdu » sous le nom d’Arnaud Michniak), il ne reste donc sur cette pochette que le mot qui a le pouvoir d’évoquer tous les moments importants déjà passés avec son auteur, MICHNIAK.

Drôle aussi de remarquer comme l’analogie s’arrête aux faits, voire à l’emballage, mais ne concerne pas du tout les effets. Le bandeau rouge de DURAS a été inventé pour qu’on le voit de loin dans les supermarchés ; l’album de Michniak est disponible uniquement en vinyle ou téléchargement et on ne peut le voir qu’une fois arrivé très près, sur son site internet. La musique qu’il contient ressemble justement à cela : au très près, à l’infiniment délicat. Pendant toute l’écoute, il règne cette impression que notre interlocuteur s’est enfermé dans une pièce pour nous entretenir de celle d’à côté, complètement investi dans son discours mais maîtrisant parfaitement ses élans. La pièce d’à côté ne doit pas nous surprendre et on écoute ce qu’il a à en dire avec encore plus d’attention, c’est une situation pleine d’enjeu. Les chansons qui défilent s’écoutent donc comme des récompenses, on a débloqué le niveau des confidences.

Tout cela finit par donner un caractère très personnalisé à l’ensemble, l’universel devra patienter derrière la porte. Même le personnage très précis qui hantait « La Salle de jeu » sur le premier album de Programme n’avait pas vraiment de visage. Il fixait les pompes du monde entier. « Pour qui sonne le tilt » nous regarde franchement dans les yeux et nous explique de manière très didactique où nous en sommes. Pas dans le monde, hein, ni même à l’échelle de l’humanité, pas dans notre vie, plutôt à l’intérieur de ce moment microscopique, protégé par des murs fins.

Pour toutes ces raisons peut-être, l’instrumentation tient à un fil : juste les éléments de la pièce dans laquelle nous nous trouvons, à portée de main. Le plus souvent un motif de piano intelligent et martelant qui habille une grille d’accords à la guitare, parfois l’inverse, parfois avec un rythme synthétique mais modeste.

Alors qu’avec Programme, le travail accompli tend à soulever une forme de vérité (incroyable comme dans une chronique comme celle-ci, à propos d’un homme comme celui-là, j’ai très peur de me faire remballer pour une phrase pareille), « Pour qui sonne le tilt » semble être à la recherche de beauté. Mais comme il s’agit d’un critère non-universel, il nous reste de la place pour en faire ce qu’on veut. Telles que les chansons se présentent, il leur reste du chemin avant d’être projetées et parfaitement fixées sur leur destinée. La voix de Michniak, bien qu’évidemment marquante, ne cherche pas à nous intimider. C’est intrigant, mais elle est d’humeur égale sur la totalité du disque, comme si elle avait été enregistrée en une seule prise continue, confinée dans cette même pièce, en train de parler de ceux d’à côté. Même lorsque les instruments prennent le dessus, la voix garde la main mise, sans trop forcer, les ridiculisant presque. Et tape dans le mille : on comprend tout.

Autre chose de beau : on assiste à la fin de la dictature de la diversité et de l’alternance. L’album est court, égal, le piano sonne toujours pareil, la voix aussi ; rien de sinusoïdal dans ses arrangements, ni dans son agencement. Un album reposant. Et riche.

MICHNIAK est effectivement un avènement. On le savait déjà, mais ce disque enfonce le clou : n’importe qui ayant la prétention de faire la même chose que lui devrait vite se cacher dans une autre pièce pendant un temps indéfini. La force d’un homme et d’un disque qui fait que, dans toute sa mesure et son relatif confort cotonneux, il reste le plus impressionnant du quartier qui gronde.