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  • 10 mai 2010 /
    Verone
    “La Fiancée Du Crododile” (Talitres)

    rédigé par gdo
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Ninon va avoir un an, c’est ma fille. Elle aura adoré pendant cette première année, Cocorosie, elle s’apaisera en écoutant Tarnation, elle se sera calmée en humant Air, mais surtout elle prendra un air canaille en écoutant Verone. Elle essayera de sautiller, elle comprendra pourquoi les couleurs sont vives pour l’ensemble de ses jouets, et elle jouera de l’élasticité de son corps pour mieux accompagner les bruits en tout genre.

Les parents de Ninon, qui vont avoir un an également, en temps que parents, se sont bien amusés des saveurs qu’ils ont pu faire gouter à leur fille, mais le gout sucré au dehors et acide au dedans de Verone a remporté la palme du lien qui se construisait.

Après son retour au zoo Verone s’en est échappé, avec sa ménagerie et sa noblesse dans le geste, mélangeant en un clin d’œil Demy et Jad Wio, le tout sous le crayon d’un Lewis Trondheim qui prendrait la mue d’un reptile pour une couverture des dieux.

Dans sa ménagerie le duo invite tous les animaux les plus étranges, même l’inquiétante et charmante Jeanne Balibar qui trouve ici un terrain de jeu parfait à sa folie nouvelle. Joyeuses les ambiances tracent un contour joviale autour d’histoires qui nous ramènent tout autant au cinéma muet qu’à notre société d’animaux qui marchent sur la tête. Car L’onirisme chez Verone avance derrière un masque de légèreté qui lui même cache une perfidie presque vacharde.

La voix de Fabien Guidollet peut diviser, mais le rictus que l’on y descelle, nous donne le droit de prendre cette naïveté pour un acte d’amour, de sympathie qui ne peut que séduire. Les thèmes sont cachés, les mots sont normaux devants avec un sens caché derrière. Verone est le seul groupe surréaliste à pouvoir à ce point jouer avec les clichés, les magnifiant. Pas tout à fait de notre monde, celui des cartésiens chiants, Verone a de la couleur plein les mains, et si les idées sont parfois noires, elles sont bariolées pour les rendre acceptables, nous offrant le loisir d’en rire.

Empreint des génériques de séries des années 70, le disque lorgne aussi vers Grandaddy, vers le folk calme du 16 horsepower, vers les recherches sonores d’un dj qui aurait vraiment vu un arc en ciel, avec une ironie froide. Dans les textes de Verone la légèreté est fausse. Gravité et débilité du monde sont appelés à la barre, pour se voir coller un nez rouge et le déguisement de bozzo le clown.

Ninon demarre bien sa vie de mélomane, et elle risque de chercher son crocodile, son élixir du suédois, surtout quand sa tête sera à l’envers. Comment vous le dire simplement. Verone, je vous aime, hiiiiiiiiiiiiii dirait ma Ninon