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Si vous suivez mes approximations musicales et lexicales, vous avez pu desceller chez moi, non pas une aversion, mais un relatif désintérêt pour certains styles musicaux. Ma peau, réceptacle principal de mes envies de mélomane introverti font que j’ai de véritables allergies urticantes à la simple lecture de certains mots. Le hard, le death, la musette ou encore la musique militaire ne me sont pas recommandés par ma dermatologue, pas plus que le Funk. Alors avant d’écouter ce disque de Savana Funk, j’ai bien lu la posologie du disque, décodé son artwork, et attiré au final par ce sourire tout aussi magnétique que solaire de ce quatuor haut en couleur, mais avec dans le regard quelque chose qui ne laissait pas l’ombre d’un doute, cet album recelait quelque chose qui pourrait bien dépasser les simples lubies d’un groupe de musiciens (et puis sortir un disque sur un label portant le nom d’un des plus grands poètes du footballeur et d’avance un gage de qualité).

« Tindouf » est une brûlure de rappel pour un épiderme trop habitué à son confort des baumes et des crèmes soignantes. Savana Funk n’a pas choisi ce titre par hasard. Nom d’un territoire algérien sur lequel l’humanité non-conciliante parque des réfugiés, il devient entre les mains de nos quatre musiciens, un melting pot musical, décoiffant (je ne me moque pas des coiffures des musiciens.) et grand ouvert au monde sans autre entrave que celle du plaisir de jouer ensemble.

Les 8 morceaux, s’ils sont irrigués par un sang funk, le cœur lui ne bat que pour que l’ensemble des apports des musiciens, parviennent à se faire une place dans une alliance peu commune, mais pourtant évidente. « Fuga da Gorée », ouverture aux épices aussi piquantes que ce que le titre le suggère comme une échappée inquiétante mais pleine de promesse. « Afromoon » va s’installer dans votre tête pour longtemps. Son thème est simple, mais savoureux, sa césure en fin de morceau divine. « ll ghepardo » comme une traduction de l’envie irrémédiable de faire la fête, de danser, avec cette teinte métallique qui en impose. « Kiki » long interlude érudit. « Tindoul », Masterpiece qui rend ses lettres de noblesse au frisson. Une diatribe musicale tout en évitement, une claque à ceux qui voudraient que l’homme d’un autre pays soit sujet à l’obsolescence programmée. Dansons toujours et encore, même en l’absence de liberté, Savana Funk éclate les cloisons. « The Invisible Man » déclinaison à l’infini d’un échantillon. « Keka Diva » et son second plan subjuguant, et pour finir « Kontiku Blues » ou la gestation dans une forme de liquide amniotique pour une nouvelle naissance.

La peau aura la chance dés lors de libérer ses émotions, de se frotter à d’autres corps, dans un univers d’ouverture et de transmission, grâce à ce disque à la mélancolie chaleureuse, qui donne tout autant à réfléchir qu’à se laisser aller au bonheur simple. Quand la musique transcende quelque chose qui nous manque depuis quelques années, l’humanité.




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