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  • 16 décembre 2019 /
    BBH
    “l’arche de Noé de la musique indépendante”

    rédigé par gdo
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Pour nos 20 ans et notre Volume 50 nous vous avons demandé de nous parler de votre rapport avec notre Webzine. Voici un témoignage.

2003-2019. 16 années, 50 compilations et un nombre de titres qui doit s’approcher du millier. ADA, son boss et ses chroniqueurs (qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés), ont patiemment monté ce qui doit être la plus belle et la grande bibliothèque consacrée à l’underground français (mais pas que) des années 2000. Des groupes restés inconnus, des artistes passés un bref instant côtoient des valeurs devenues sûres et tous ont un point commun : avoir quelque chose à dire et le dire avec la manière. Car c’est ce qui frappe le plus quand on commence à se perdre dans le dédale des compilations ADA, c’est ce truc qui semble tant manquer à tout un pan de la production actuelle... ces artistes utilisent la musique pour raconter, dire, exprimer, hurler. Ces artistes n’ont pas de plan de carrière et leurs morceaux n’illustreront probablement jamais la moindre pub de voiture ou de smartphone. Quelle plus grande qualité peut-on trouver à une musique aujourd’hui ? Peu importe le style, le genre, la couleur, ces compilations sont l’arche de Noé de la musique indépendante, la vraie, tellement indépendante, tellement loin des rivages noyés par le courant principal, tellement bien cachée au fond de la jungle des sorties digitales qu’on ne sait parfois plus où la trouver. Il y a ici des morceaux que l’on se passera en boucle, des chansons que l’on ne comprendra pas, des paroles qui nous toucheront au cœur, des notes qui nous brûleront l’âme et des titres que l’on détestera. Rien que pour ces derniers il faut venir. On est en train de perdre le goût du risque. On entend trop souvent que l’humain du 21ème siècle, quand il rentre du boulot n’a pas envie de se prendre la tête, qu’il est bien content de s’avachir devant un divertissement simple, facile à comprendre du premier coup. Si c’était ça l’humanité, on en serait encore à bouffer de la viande crue en espérant que la foudre mette le feu à la savane pour qu’on puisse avaler un truc chaud. Alors oui, on a tous envie de temps en temps d’enfiler des pantoufles et de se faire un bon petit plaisir régressif, mais le vrai plaisir, celui qui nous fait rire, pleurer, celui qui nous bouscule, nous met en colère, celui qui nous fait aimer à la folie ou détester furieusement, ce plaisir-là se cache dans le risque que l’on prend à sortir de ce que l’on connaît déjà. Venez perdre votre temps à écouter des morceaux dont vous ne savez absolument pas s’ils vont vous plaire, ne laissez pas votre temps devenir un placement sûr, soyez des putains d’humains et allez voir ce qu’il y a de l’autre côté de la montagne des playlists thématiques basées sur vos écoutes et la sélection éditoriale d’un marchand de boissons énergisantes.