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1- Peter Cat Recording Co. "Portrait Of A Time" [PANACHE Rds]

Compilation des meilleurs titres de ce collectif de New Delhi, chantre d’un D.I.Y. des plus exacerbés. Et premier Lp édité sur le continent européen par les fondus du label français PANACHE Rds qui si j’ai bien tout suivi, ont traîné P.C.R.Co. en studio (une première pour eux semble-t-il ?) en vu d’un nouvel album à sortir en 2019.

Imaginez Dean Matin et Sam Cooke coincés dans les toilettes d’un bastringue des bords du Yamuna où un combo allumé au L.S.D. s’escrime à les accompagner en jouant une sorte de jazz coupé à la Strychnine aux tendances ambient, rock expérimental et musiques traditionnelles indiennes...Ce disque est sorti au printemps, et on est encore dedans .

2- Thalia Zedek Band "Fighting Season" [THRILL JOCKEY Rds]

En trente ans, les disques de Thalia Zedek (plus d’une vingtaine), depuis ses projets Come, Uzi ou cette année E. et leur sublime "Negative Work", ne sont jamais vraiment passés inaperçus. Pourtant, elle reste une artiste assez mal identifiée sur la scène rock internationale, malgré une musique toujours décloisonnée, aux idées larges et à l’intelligente alerte. Un trésor trop bien gardé !

Elle plonge ici l’auditeur au coeur du volcan de son âme, puis l’embarque sur ses pentes cendreuses où ne poussent guère que l’évidence. La colère y est sourde, palpable, portée avec vigueur par un verbe explosif et percutant. Après, s’il fallait vraiment lui trouver des compagnes d’insurrection, on pourrait remonter assurément du côté de Patti Smith, ou chercher auprès de ses contemporaines Carla Bozulich ou la plus jeune Shannon Wright.

On retrouve ici cette même force et cette prose de torchsongs tour à tour intimiste, militante et révoltée. Une parole qui bouscule jusqu’aux tripes, qui s’approche de l’essentiel, concise et pénétrante, à l’extrême opposé des discours lénifiants et de la dictature mollassonne des mots d’ordre. Ici le propos se veut entier, direct, proche l’os même. Incisif comme les volutes d’électricité que Thalia Zedek fait surgir de sa gratte, entrelaçant une rythmique lancinante qui englobe le tout.

Le disque sortait en fin d’été, les saisons suivantes allaient être celles de bien des luttes. Gageons que le Thalia Zedek Band avait dejà fourbis ses arguments. Ses armes : sa plume, sa voix et cette guitare qui trône sur la jaquette du disque avec son sticker "FCK NZS" ostentatoire. Oui, elle est prête et croit en nous. On lui fait à ce jour toujours confiance !

3- Louis Brennan "Dead Capital" AUTOPROD.

Le vrai choc de ce "Dead Capital" - définitivement le meilleur titre d’album trouvé cette année - au-delà d’un verbe haut et inspiré, c’est surtout cet incroyable exploit : réussir si tôt dans une vie d’artiste à se trouver un ton. Et ce sans forcément mater par dessus l’épaule des voisins. Comme chez The National ou dans les fausses accalmies des acerbes Arab Strap - seules accointances recevables pour des chansons qui s’en passent allègrement - c’est cette insolente authenticité, cette ferveur et ce goût des "climats" justes qui sauvent ce disque (et nous par la même occasion) d’une chute vertigineuse dans la tristesse infinie.

Le monde de Louis Brennan est très sombre. Mais pas totalement. C’est sans doute ça qui nous fait l’adorer par dessus tout.

4- The Fernweh "s/t" SKELETON KEYS Rds

Ce disque, le premier des Fernweh est une merveille d’orfèvrerie pop psyché antidatée. Fusion assumée du folk UK des 60’s au psychédélisme étiqueté "Haight-Ashbury friendly", cette musique est d’une efficacité imbattable. Occupant l’espace libre laissé dans le grand barnum psychotropical de Liverpool par The Coral parti se refaire la cerise du côté de chez Pop’n’roll ( The Coral qui les signent d’ailleurs sur leur propre label), le quintet a pris tout son temps pour fomenter son plan, chacun de ses membres continuant de jouer dans tout ce que la Mersey pouvait charrier de groupes accros au pain de seigle, tout en préparant leur coup de maître. Une vraie révélation.

5- Gontard "Tout Naît, Tout s’Achève Dans Un Disque" [ICI D’AILLEURS]

Je ne sais pas si les radios s’empareront d’un de ces quatorze morceaux pour en faire un hit saisonnier. On trouverait ça bien. De toute façon, Gontard en a écrites pour toutes et tous des chansons. Des torch-songs et d’autres vite et bien torchés, des petits mélodrames et des putains de refrains à raper sous la douche.

Alors, est-ce que tout naît, tout s’achève dans un disque ? Le bonhomme en semble convaincu. En ce qui nous concerne, avec des galettes de cette trempe, on est pas loin d’y croire aussi. Même si secrètement on voudrait que rien de tout ça ne s’arrête vraiment.

6- Delgado Jones "Rain Forest" [L’EGLISE de la PETITE FOLIE]

D’une forme concise, où narration et catharsis tiennent le haut du panier, on est loin du psychédélisme onirique auquel s’adonne le bonhomme habituellement avec sa "Fraternité". (je ne peux que vous conseiller de plonger dans l’oeuvre de Delgado Jones & The Brotherhood) Et pourtant, quand on croit pouvoir s’accrocher au récit d’une "réalité directe", on pressent que le chemin est bien plus tortueux, les sensations s’y entremêlent. Le noir face à la lumière. La culpabilité d’être encore debout quand d’autres dorment pour l’éternité alliée malgré tout au soulagement coupable de pouvoir chaque jour se réveiller. Complexité et nuances des sentiments qui, on le parierait, sans ce disque sur lequel les coucher, auraient pu consumer son géniteur.

La libération par la création. Voilà de quoi il est question. Juguler ses tensions internes et malgré la noirceur de l’époque, entrevoir un champ des possibles juché de solidarité, d’amour et de joie. Entrer en résistance, en somme. C’est ça oui, avec son disque, Delgado Jones fait gronder un vent de révolte, et avec ce dernier se soigne et se sauve. Nous avec par la même occasion. Merci à lui !

7- The Common Cold "Shut Up ! Yo Liberals !" [ACTION Rds]

The Common Cold, riches d’une expérience de trente ans (The Dandelions Adventure, si chers à John Peel, c’était déjà eux) déboulent rageurs comme jamais, pas calmés pour deux sous : ils ne sont pas contents et il va falloir que ça se sache. Même tous les géniaux Sleaford-Mods, de Nottingham et d’ailleurs, n’y pourront rien. Ils n’auront pas le temps d’en placer une en fait. Dès les premières frappes, les gars de Preston, Ajay Saggar et Mark Wareing, les éparpillent façon puzzle !

Propulsé par une basse démoniaque (Saggar est passé maître en la matière et le fait qu’il soit aussi derrière les manettes en rajoute en dynamisme), des textes drôles et acerbes (Wareing s’en donne à coeur joie), "Shut Up !..." est une machine infernale lancée à tombeaux ouverts à la poursuite d’une putain de chimère : un mix sauvage entre The Happy Mondays, The Fall et The Ex. Et la quête n’est pas vaine. Ils ont carrément réussi les bougres !

Amplis branchés sur une ligne haute tension, les Common Cold distribuent les taloches et canardent à tout va. Et quand le tempo ralentit(!), c’est pour mieux faire parler la puissance d’un propos tour à tour poétique, surréaliste, contemporain ou ironique, digne des meilleures saillies de grands bonhommes comme John Cooper Clarke ou encore Hubert Selby Jr. Tout ça pour dire, vous prévenir même, que les Tontons Flingueurs de l’indierock sont en ville. Alors, pas d’arrangements...Tais-toi et danse !

8- Big Joanie "Sistahs" [The Daydream Library Series]

Noires, féministes engagées et punks, c’est sur les bases de ce pedigree que ces trois Londoniennes sortent leurs premiers Lp sur le label de Thurston Moore et Eva Prinz, inaugurant même une nouvele série : "The Daydream Library Series". Joyeux bordel sonique entre la fausse candeur des Ronettes et la rage du mouvement Riot Grrrl.

Sororité, esprit D.I.Y. forcené, entraide et lutte contre les égémonies raciales en tous genre, autant de sujets secoués jusqu’à en tirer leurs substantifiques moëlles.

Un disque optimiste et politique qui agite autant les neurones que le bas du dos.

Sorti cet été, ce Lp nous a redonné confiance en l’avenir, et actuellement ce n’est pas du luxe !

9- Electric Bazar Cie "Preachin’ Songs" [BAZAR ELECTRIC//LA CRIéE]

Voici le nouveau bébé de l’E.B.C. ! Comme on crie auberge espagnole, et surtout pas maison close : l’ouverture d’esprit de ces garçons est remarquable. Issus de leur spectacle "Rock’n’Roll Is Your Mission" tourné deux ans sous chapiteau, les dix morceaux de ce cinquième album nous le hurle à chaque écoute.

Du coup, la belle liberté que s’octroient nos quatre prédicateurs défroqués - Etienne Crass (Chants, guitares), Guillaume Le Guern (Sax, clarinettes), Jo Caserta (basse, orgues), Rowen Berrou (batterie, percussions, choeurs) - brouille les pistes, entremêlant une somme faramineuse d’influences : on en a déjà cité quelques-unes, dites-vous bien qu’il y en reste tout autant.

A la clé ? Et bien ma foi, un bon coup de saton aux culs empaillés des diktats effrayants encore propagés par quelques gardiens de chapelle décatis. Bien au chaud dans leur tour d’ivoire, ces branques, rigoristes d’un rock consanguin, ont trop souvent pris en ligne de mire le travail d’artistes comme E.B.C.. Du haut de leurs ricanements incultes et de leur aveuglement bigot et rance, ces pisse-vinaigre ne sont pas même foutus de voir que jongler ainsi à huit mains du rock vaudou du Gun Club à l’afrobeat hédoniste d’Africa 70’ en passant par la No-Wave psychotique de James Chance est d’une part une sacrée performance. A ce titre, le boulot de synthèse de Julien Le Vu aux manettes est une fois encore énorme. Il faut pouvoir retranscrire sur disque autant d’énergie et d’idées frappadingues. Chapeau bas !

D’autre part, c’est la seule et unique façon de faire perdurer l’esprit d’une musique qui se veut vivante. Vivante, oui. Et en rab, ici, bancale, furieuse, joyeuse, hallucinée, possédée...

- "Rock’n’Roll Will Make You Sane !!". Celui d’Electric Bazar Cie, ouh puté ! Ouais !!!

10- Alias & Doseone "Less Is Orchestra" [aNTICON.]

Ces deux-là ont passé les vingt dernières années à gérer ce label aujourd’hui mythique qu’est anticon. . Ils en sont partie intégrante (au même titre que Jel, Odd Nosdam, Sole ou encore Why ?). En étaient, en fait. Brendon Whitney aka Alias est mort le 30/03 dernier d’une crise cardiaque foudroyante à 41 anas.

Liés au-delà de ce travail de patron de label, ces deux producteurs avaient décidés de réaliser ce rêve de vingt ans, un disque à deux têtes. Bouclé juste avant la disparition de Whitney, "Less Is Orchestra" est exceptionnel, leurs talents réciproques s’y expriment totalement, intact comme au premier jour. On retrouve ainsi cette recette qui a fait leur singularité et leur succès : croisement de hip-hop instrumental, d’IDM, de dub et de musiques expérimentales sur des nappes de lyrics débordants d’idées et de variations vocales. Une véritable réussite et le plus fantastique des plongeons vers l’immortalité.

Ce disque sortait cet automne, les feuilles peuvent bien continuer de tomber, il n’est pas prêt de quitter la platine.

11- Zëro "Ain’t That Mayhem ?" [ICI D’AILLEURS]

Parce qu’elle n’oublie pas ses vélléités "collectives" tout en mettant en avant les trajectoires individuelles de ses géniteurs, la musique de Zëro est l’une des plus puissamment évocatrices qui soit (jusque dans la sublime noirceur de leur artwork). Sa première qualité, pourtant, et aussi étrange que cela puisse paraître, étant d’être légère.

Oui, légère ! Dans le sens où on ne l’entend pas s’avancer, on la sent. Que ce soit dans l’obscurité des ambiances, la colère du propos, on la perçoit avant de l’écouter vraiment. Après, tout léger soit-il, vous aurez aisément compris qu’on ne sortait évidemment pas indemne de ce disque et que si le trio s’employait à nous coller quelques baffes musicales bien senties, c’était finalement plutôt agréable de ne pas s’en relever. Prêt à enflammer l’atmosphère instantanément - ressenti hyper pregnant lors de leur live - on les sait même capable de méchamment nous secouer, de nous décapsuler l’esprit. Seule la question du moment restant en suspens. Quand est-ce que ça va nous tomber sur le coin de la gueule ?

12- Material Girls "Leather" [IRRELEVANT Rds // EXAG’ Rds]

Huit titres de pure furia. c’est sombre, lubrique, dangereux, ça claque sauvagement comme un coup de trique sur des cuissardes rouges mal lacées. C’est chaud autant que glaçant, une musique qui ne vous lâche pas d’une semelle, hanté par les voix et le jeu détraqué de ce sextet d’Atlanta. Oui, dans sextet y’a "sexe"...Et "tête" aussi. Rien à jeter qu’on vous dit ! Sorti cet été, ce Lp a sauvé notre hiver.

13- Elysian Fields "Pink Air" [MICROCULTURES]

Ici, les textes se font plus directs, sentent les sueurs froides et le vécu (pratiquement vingt-cinq ans d’existence ça commence à marquer), s’emballant parfois (l’apport sur certains titres de Vernon "Living Colour" Reid ou Simon Sheldon Hanes des Guerilla Toss n’est pas anodin), même si le vent de la discorde finit toujours par tourner vers ces instants chavirés plus introspectifs qui restent leur marque de fabrique. Globalement, "Pink Air" est de ces Lps qui s’ils ne changent pas la face du rock, le rendent plus élégant, mordant et conscient. Fondamentalement dans l’air du temps, il le rend moins suffocant. Une vrai gageure à notre époque. Rien que pour ça, Elysian Fields reste, à nos yeux, incontournable.

14- Khruangbin "Con Todo El Mondo" [NIGHT TIME STORIES]

Thaï funk, proto-soul persane et groove psychédéique ont irradié chaque parcelle de ce disque fantasque.

Le trio texan mise tout sur le son, pas grand chose sur le verbe, et propose un Lp fait d’atmosphères en révolution perpétuelle au creux desquelles virevoltent tout un pataquès de références : les spectres de ces anonymes crooners khmers enregistrés dans les 60’s sur des cassettes vendues en scred dans les rues de Bangkok à Phuket, mais aussi les ombres du James Brown Ethiopien, Alemayehu Eshete et les effluves lysergiques du guitar-hero turc, Erkin Koray. Pas vraiment ce qu’on s’imaginait du syncrétisme à la Texane. Une vraie bonne surprise !

15- Mr Airplane Man "Jacaranda Blue" [BEAST Rds]

Margaret à la guitare et Tara aux fûts. Les deux au chant , ainsi qu’aux compos, les génitrices de ce "Jacaranda Blue" sont de tous les plans et assurent pour douze. Treize en fait, treize titres à la croisée des chemins entre le garage rock de Southie, le hillbilly trash du Mississippi et des écats de bruit blanc velvetien à souhait. Le mélange est détonant, ça décolle le cortex autant que ça décalamine les artères. Cardiaques s’abstenir. C’était un disque de printemps : le meilleur des adjuvents pour un spring-break plein de stupre et d’amour fou !

16- Vox Low "Vox Low" [BORN BAD Rds]

On n’aurait jamais imaginé un jour associer sur le même billet des noms de labels comme F.Com (ex-label électro du légendaire Laurent Garnier) et Born Bad Rds (label très rock et déjà très culte). C’est ça 2018...L’éclectisme et l’ouverture d’esprit comme style de vie (!).

C’est surtout ça Vox Low : les ex-Think Twice duo visionnaire qui avait annoncé à l’aube du XXI° siècle le futur revival des styles en "wave", qu’ils aient été cold ou dark, electro et punk aussi. Un duo qui revient ici aux affaires avec ce disque tout sauf opportuniste. Fruit d’une longue maturation, ce Lp ne se laisse pas facilement apprivoiser(, il faut lui laisser toute latitude pour s’exprimer dans son entier, lui donner assez de place entre le cerveau et les esgourdes pour s’y instaler et instiller son doux venin. Transversale au possible, cette musique vous embarquera flaner du côté d’A Certain Ratio, des Chameleons ou des Teardrops Explodes sans pour autant vous laisser le temps de vous en rendre vraiment compte, trop occupé que vous serez à jouir des tympans et des hanches au son de ce qui reste le meilleur essai de post-punk à la céfran ! Revival tu m’auras pas !

17- Raoul Sinier "Death, Love & Despair" [AUTOPROD.]

On avait laissé Raoul, mars 2015, en prise avec ses "Late Statues". Le temps d’une "Descente", son antepenultième Lp qu’on rata, bloqué par une vie bien trop brûlante, coincé comme dans ses histoires entre Bar Du Suicide et Rêve de Chien, on le retrouve fidèle à lui-même, droit dans ses bottes avec cet onirisme noir, ce mélange savant d’indus, de hip-hop revêche et de synth-pop de catacombes. Tout ça associé à des textes issus en grande partie de son cerveau en fusion mais aussi de celui de Sylvie Frétet, alter ego à ses côtés depuis le début si on peut dire. Depuis l’époque RA (sa voix introduisait le désormais mythique "Raoul Loves You") en passant par la trilogie AD NOISEAM Rds "Brain Kitchen/Tremens Industry/Guilty Cloaks" qui le voyait tranquillement (!) passer du monde sans parole de la musique électronique à celui de la "chanson", jusqu’à aujourd’hui et cette nouvelle période de totale indépendance (tout Raoul Sinier gratuit sur les internets...SPREAD THE SOUND , PEOPLE !!), elle aura été de tous les combats.

Une belle équipe de doux dingues qui porte haut le flambeau de l’autodétermination artistique. Ce disque, une fois de plus imparable, en est la preuve. Une espèce de "Guide du Routard" pour ce voyage flottant entre Amour et Désespoir avant le terminus : la vie. Oui, voilà c’est ça ! RA c’est la vie !

18- Mellanoisescape "Heartbeat Of The Dead" [Ulysse Prod]

Celles et ceux qui auront erré avec délectation dans le labyrinthe sonore du premier Lp, retrouveront certainement ici quelques ambiances, quelques territoires déjà arpentés. Sauf que l’impressionnant tumulte noise, hanté de mille sensations laisse ici plus de place ...aux chansons. Et c’est magnifique ! Que ce soit le chant de Mellano lui-même ou les voix de Valentina ou Miët, les timbres humains traités, déformés avec délicatesse règlent la cadence et domestiquent un verbe au propos ensorcelant, essentiel. Difficile de dire alors si le trio surprend vraiment. Surement. Mais il séduit, assurément.

Ce compromis entre étrangeté et sophistication, mystique et réalité est brillant d’intelligence et de clarté : on pressent une prise de recul pleine de sagesse et une vraie approche éthique doublée d’une sorte de noirceur d’âme, sans amertume, mais ostensiblement mélancolique.

Au final, cela donne dix titres qui pénètrent autant qu’ils secouent le corps, la conscience et l’esprit. Fruit des interrogations d’un artiste plus que bien entouré, que l’on rejoint sur moults points de vue (écologie, société...), ce disque ne fait pas que les affronter, il les donne en partage, les prolonge, nous permet de nous les approprier. Et, face à ce fameux "Battement de Coeur de la Mort", ce temps qui inéluctablement s’enfuit, qui sait, peut-être nous permettra-t-il d’en résoudre quelques-unes ? On y croit !

19- Michael Wookey "Hollywood Hex" [WE ARE UNIQUE Rds]

Il faut écouter toutes ses musiciennes et musiciens s’en donner à coeur joie, partant de rien - quelques tintinnabulations, quelques craquements, quelques insultes aussi - à la conquête de l’espace, submergeant leur chanteur, lui tissant un tapis volant aux motifs modernes et inédits, une carpette inspirée sur laquelle la gravité n’a jamais pu frapper.

Il faut croquer dans ce Hollywood Hex de bout en bout. Mille-feuilles sonores qui du papier d’Arménie ont la fragrance subtile et la légèreté, ces chansons s’embrasent et se consument, se consomment sans la moindre modération.

Un vrai délice !

20- Philippe Petit & Friends "On Top" [AAGOO Rds]

Tout au long de ces quarante cinq minutes, Philippe Petit et ses amis vont s’escrimer à creuser profondément dans la matière brute de leur production sonore, de sorte que s’embrassent et s’embrasent des musiques et des ambiances que l’on n’entend que très rarement dialoguer aussi librement et intelligiblement.

D’un premier abord revêche , ce disque s’apprivoise pourtant plutôt bien. Quel plaisir de suivre pas à pas ces pistes accidentées, mal embouchées et mélodramatiques pour certaines, carrément psychotiques pour d’autres (le morceau introductif The Hammer + The Compliant Man et le conte déroutant scandé par un Robinson bien allumé) pour finir dans l’emballement final vers cette montée étourdissante, le point culminant de la tracklist, où prend sa source On Top Of The Pyramid Of The Sun Of Teothihuacan, morceau noise fleuve ahurissant. On y retrouve Vincenti et Nicolas Dick engagés à fond dans un combat de drones dissonants et surtout Heike Aumüller du Kammerflimmer Kollektief au chant, borborygmes, souffles et feulements possédés s’envoyant furieusement contre un violoncelle poussé dans les plus soniques de ses retranchements jusqu’à cette conclusion qu’on se refusera ici de spoiler.

21- Xylouris White "Mother" [BELLA UNION Rds]

Pourvoyeurs d’une musique de bords de route, hors étiquettes, généreuse et intelligente (on pense au travail de l’Occitan Sam Karpienia, on rêve d’ailleurs d’une rencontre de tous ces farfelus), ces deux-là invitent différemment au voyage . Ils l’inventent, pour tout dire. Un voyage qui, fait de brutalité archaïque comme de sensualité originelle, de raideur autant que d’élasticité, vous propulse bien au-delà de vos espérances, vers des contrées sonores encore vierges à vos oreilles. Une Terre promise, mère nourrissière des désirs d’une autre musique. C’est ça, Mother !

22- Mahdyar "Seized" [KOWLOON Rds]

En danger dans son pays d’origine, l’Iran, le producteur hip-hop Mahdyar Aghajani se réfugie en France et sort ce disque-tempête. Le glitch se noie dans les sonorités du Moyen-Orient, ça craque, se fissure, suffisament pour laisser passer la lumière. celle de l’espoir et de l’amour d’un expatrié pour son pays pris au piège entre un héritage culturel pluriséculaire et une réalité contemporaine plus que tendue.

23- Puts Marie "Catching Bad Temper" [YOTANKA Rds]

Riches de leurs expériences passées - plus de quinze ans à jouer ensemble, des aventures sur des projets individuels aussi - les cinq de Puts Marie ne s’embarrassent pas de fioritures mais ne rechignent pas sur l’éclat des enluminures. Oui ça brille. Comme si ça sortait juste du feu de la forge de leurs esprits, au-dessus de laquelle on les imagine en bleu de chauffe, la tête balançant obstinément.

24- The Bonnevilles "Dirty Photographs" [ALIVENATURAL Rds]

Aux gens qui auraient encore la lubie d’acheter des disques de rock, on peut conseiller deux Lps : celui posthume de Johnny Halliday pour rester vieux puis mort. Et, celui de The Bonnevilles pour rester vivant, heureux et accessoirement perdre un peu niveau audition.

Mais qui sont ces Bonnevilles ? Et bien un duo irlandais - Andrew McGibbon Jr et Chris McMullan - qui réussit l’alliage parfait entre esprit soul qui brille et garage rock qui tâche. Un mix digne des meilleures gâchettes du Nouveau Monde.

"Dirty Photographs" est un disque immanquable, qu’on a envie d’écouter à fond dès le petit déj’, en mouillant des tartines de tabasco dans un grand café-Tullamore Dew.

25- Broadway LaFayette "Subway Zydeco" [HOUND GAWD ! Rds]

Autres Suisses à figurer parmi nos coups de coeur cette année : Broadway Lafayette. Pour résumer, ce sont les Mama Rosin - groupe helvète rénovateur de la musique cajun pour le dire vite - qui lors d’un périple downtown dans la Grosse Pomme en 2015 se sont maqués le temps d’un instant chaviré avec Mick Collins chanteur des Dirtbombs et Matt Verta-Ray , pilier avec Jon Spencer du Heavy Trash. L’idée était alors d’enregistrer ce qui s’apparenterait à une espèce de gumbo supra épicé à base de zydeco, de rockabilly édenté et de blues ravagé. Que grâce soit rendue au label allemand HOUND GAWD ! Rds d’avoir pubier trois ans plus tard ce Lp dont les pistes étaient restées jusque là enfouies dans le bardas des Suisses. Gloire à eux !!

26- The Devils "Iron Butt" [VOODOO RYTHM Rds]

Comme autant de rafales de schrapnels fuzz balancés à l’aveuglette, les cartouches expédiées ici relèvent d’un alliage démoniaque de larsens collants et de coups de boutoirs sur des fûts sans amarres. Et dire qu’ils ne sont que deux derrière ce cataclysme : c’est effarant d’efficacité et d’extrêmisme. Alors, vous l’aurez compris, attention , âmes sensibles s’abstenir ! Ce pourrait être douloureux, tant ce disque s’escrime à perpétuer et surtout perpétrer un certain art de l’agression sonore et de la flagellation binaire. Dangereux donc , mais bordel, que c’est bon !!

27-My Concubine "Quelqu’un Dans Mon Genre" [HAPPY HOME Rds]

Chez des orfèvres pop aux doigts fins dans leur genre on sait pourquoi brillent les chansons-diamants. Certainement pas pour acheter l’auditeur, mais bel et bien pour le séduire. Résister quand la séduction se pare de tant de charme serait inconscient. Criminel, carrément ! Alors laissez-vous aller. Ecoutez My Concubine !

28- Amnesia Scanner "Another Life" [PAN Rds]

Dans une véritable orgie sonique, ces deux Berlinois fracturent du rythme 4/4 à grands coups de crique sur leur laptop et s’amuse non sans une certaine rage féroce et provocatrice à semer le chaos sur un dance-floor überisé devenu, semble-t-il, bien trop gentillet à leur goût. Un geste violent et jusqu’au boutiste. Une vraie beigne dans la face du groove !

29- The Goon Mat & L. Bernardo "Takes Off Your Clothes" [VOODOO RYTHM Rds]

Produit par le toujours impeccable Jim Diamond, ce disque est comme tombé d’un nid de coucou, sauvage et ahuri, propulsant le concept du "One-Man Band vs Harp" au rang d’œuvre d’art. Brute, l’art ! Qu’accessoirement, les séminaux Sonic Angels, Sylvie Martin et Marc Hacquet, patrons du Subsonic à Montpellier figurent au générique finira de vous convaincre de l’intégrité et de la qualité du boulot. En somme, c’est bien gras, ça sent le stupre et la sueur tout en distillant de ci de là quelques plages plus "apaisées", toutes proportions gardées !

"Take Off Your Clothes" lit-on au fronton de cet album. L’affaire, je pense, est entendue...

TOUT LE MONDE A POIL & LET’S BOOGIE !!

30- D.P.U. "Golden Years" [IL MONSTRO]

Chacun des huit titres de ce "Golden Years", du départ à la Procession finale, a ses propres vertus. Un véritable précis de pharmacopée. Lancinances électriques, dissonances de glitch et infectieuses fragrances cuivrées, toutes vouées à cette drôle de danse. Celle des souvenirs. Un ballet qui revêt là une grâce inquiétante et délirante : une myriades d’images d’un "âge d’or" mi-fantasmé mi-vécu, à la fois révolu et tellement présent. Un passé qui remue encore avec son lot de désirs, de joie mais aussi de peine. Et à la clé, une belle poignée de madeleines...de rouste. Ouais, on a pris une belle claque !





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