> Critiques > Labelisés



Le monde d’aujourd’hui n’est plus fait de milliers de kilomètres d’un point à l’autre, de décalages horaires et de pays que l’on ne verra jamais. Le monde d’aujourd’hui est une paume de main, un truc globalisé qui se fait cercle intime, où se trouver est aussi simple que s’ignorer, et l’on connait les coins de rues jamais promenés, les yeux sont a ce jour des trains et des ponts aériens. Tahiti est une plage froide d’Angleterre. On y trouvera des remords, des regrets, et puis des bases à nos bâtisses et des raisons a nos folies, mais le futur qui vient est une proximité presque sensuelle, du moins sensitive. A portée de main, nous avons a portée de mains nos sentiments dans les laboratoires des autres, et nous étudions les autres, et nous nous retrouvons en eux, quelque part je vous l’ai dit, tout cela n’est qu’une paume de main, un cercle intime, infime. Alors Napoléon est proche de l’Iliade, Christophe est proche de la jeunesse, et les Smith rêveurs et immatériels frôlent l’existentialisme froid, c’est comme ça, les temps nouveaux sont des peaux qui apprennent a ce connaitre. Je ne peux me résoudre à nier cette universalité de nos personnalités si personnelles. Ce tahitien est un looser magnifique des Manchester sonores. Gris Lagon est un coin de ce rond intérieur, "L’esquisse" est un peu de nous dans toute part, un lieu entre ici et ici, encore timidement caché dans nos ombres internes, encore un peu froid, mais visibles jusqu’à l’espace. On m’a dit Dominique A, on m’a dit Smith, on m’a dit… et moi, dans ce cercle fermé de mes oreilles, je retrouve l’ampleur presque hymne de "Lumières et trahisons " de Seberg, Bringueur en est un exemple plus que massif, ce monde d’aujourd’hui nous imbibe de nous, et tous nos gestes nous teintent de nous. Que chacun y retrouve son son. "L’esquisse" est un petit monument de nos bribes, nos lueurs et nos coins noirs. Au-delà des paroles (oui, il y a du Dominique A messieurs, vous ne vous êtes pas trompé, mais dans ce monde actuel, tout peut être Dominique A, et ceci n’est pas tout). Teva Bourdin a cette écriture terrible (je repense a la culture de Philippe Pascal), de celle qui semble la plus anodine des banalités contées, mais qui a la profondeur des lames dans la chair, des strates et des strates d’existences appelées. Il a ce chaud-froid qui éblouit le sang comme lapins aux phares, et annonce l’accident comme il annonce l’amour. D’une voix en avant dont les graves n’ont de gravité, il narre nos biographies, des trucs globaux qui nous tracent comme des cercles intimes. Il est nous, je vous l’ai dit, ce monde se rétrécie a cela, un plaisir, une tristesse, et un vernis posé dessus qui est musique parfaite, sans expériences outragées, sans tenter le diable, de ces mélodies rock tranchantes de passions, amples comme des ciels d’hivers, symphonies a visage humain, petits hymnes qui soulèvent la peau sans la blesser, mais s’installent peu a peu au bout des nerfs. Bien sur il faudra nommer Christophe Van Huffel, acolyte de Christophe sur son rajeunissant "Vestige du chaos" qui a compris l’ampleur de l’intime, cette notion d’avenir globalisé. Mais le talent de Gris lagon est un art personnel, si personnel qu’il nous tache à tous de clairs-obscurs et de plaisirs et tristesses, qu’il nous touche à tous en même temps que chacun de nous touche les notes. Ce monde géant est petit, il a la taille définitive de l’esquisse.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.