> Interviews



Interview réalisée via email en août 2003

Dis moi il aura fallu du temps entre les premiers passages chez Lenoir et la sortie de ce disque dans le circuit normal de la vente ?

— à peine trois ans ! une broutille...à l’âge que j’ai, je ne compte plus.

A part Lenoir y a t’il des coups de pouces qui ont fait basculer la tendance ?

— La chronique de Sylvain Rosenthal dans Nova Mag, à qui j’avais déjà envoyé l’album précédent : le distributeur Musicast m’a contactée après l’avoir lue.Comme quoi....

Comment as tu pu aligner un casting pareil pour ce disque sans avoir de maison de disque ?

— Parce que justement ce n’est pas un casting de maison de disques. Dimitri a fait entendre mes demos et des morceaux de l’album précédent aux personnes avec qui il travaille, Paul Kendall, Michael J Sheehy ou Rob Ellis. Ils ont d’abord écouté,il y a eu un interêt de leur part, on a fait des choses ensemble après. Y a t’il une autre manière de rencontrer des gens quand on fait de la musique ? Des affinités, du plaisir.

C’est pas désespérant de ne pas pouvoir (exister ?)dans ce système alors que le disque proposé est d’une grande facture ?

— J’ai beaucoup de chance. Je fais de la musique, cela existe. Des gens l’entendent ; tu me poses des questions sur ce que je fais...et presque cela m’étonne. Ce qui serait désespérant ce serait de perdre le désir de le faire. Aucun "système" n’est de taille face à ça : le plaisir que j’ai au moment où un morceau est en train de se faire,c’est "hors la loi". Pour ce qui est de la production ; si c’est bien, c’est entièrement de la faute de Dimitri Tikovoï !.

Pour ce disque la sensualité est présente, il y a même une forme d’érotisation de ta voix, comme sur l ’échantillon ( corps & âme) choisi sur l’ouverture de ton site. C’est un choix ?

— C’est je crois Sollers qui dit : " Quelqu’un d’érotique c’est quelqu’un qui a une âme", De toute façon je ne sais pas "chanter" comme on dit. C’est un autre muscle qui s’exprime...

Tu es donc prête pour l’enfer ! Tu insères des parcelles de ta vie dans tes textes ou c’est un film un disque une expo qui font travailler l’imaginaire ?

— Sans doute, les oeuvres qui nous touchent, sont celles qui nous ramènent à nous même. Par exemple, que je fasse un morceau ou que j’en écoute un, c’est pareil ; je recherche la même sensation, c’est comme une boucle infernale, plus il y en a , plus tu en veux. Ce n’est pas l’imaginaire qui se met en marche, c’est le désir de re-sentir cette émotion. C’est pour ça que je n’aime pas les oeuvres qui sont faites pour "distraire." je ne veux être distraite de rien, au contraire, pourvu que tout ce que je vois, j’entends,je lis, me ramène à mon sujet.

Ce duo avec Michael J sheehy est une splendeur, d’autant que l’on sent que l’homme est ici enfin la partie fragile. Tu peux nous expliquer l’amirauté ?

— Dans toutes les grandes villes portuaires, il y a une "Amirauté". C’est comme un souvenir d’un lieu où je ne suis jamais allée, mais que je connais très bien. J’imaginais ce duo comme une distance infranchissable. Je chuchote à l’oreille de Michael, et lui me réponds dans un écho, de très loin ; d’un endroit qui n’existe plus ou qui n’a jamais existé.

Pour l’amour vide après l’écriture de ma chronique je me suis aperçu que ce morceau me rappelait beaucoup de choses, un morceau imaginaire de Gainsbourg interprété par Françoise Hardy ! C’est quoi les influences de Lou ?

— NO COMMENT...comme disait Serge G.

Influences ?...malheureusement, c’est du sang de Malouins qui coule en moi, et donc, l’idée même de ressembler un tant soit peu, d’imiter ou de s’inspirer de quoique ce soit m’est étrangère d’une manière chromosomique. On me le reproche et je sais que pas mal d’artistes ont commencé par imiter leurs propres idoles, c’est un talent indispensable ; et c’est vrai pour toutes les démarches artistiques. Biensûr qu’on n’est à l’origine de rien, la création, c’est juste une accumulation de preuves. Mais quand même,il y a une phrase un peu violente mais qui, malheureusement, fait loi : "Pour que ça marche, il faut que ça sente !"

Il y a donc une reprise sur ce disque. Comment le choix s’est fait et s’est porté sur le plus beau tango du monde avec sa relecture contemporaine ?

— Je ne l’ai pas choisi comme une reprise, ça s’est imposé à moi. C’est une chanson que j’entends depuis longtemps et toujours dans des moments très "chargés" émotionellement. Je me suis juste rendu compte que je la trouvais belle. La chanter c’était aussi l’exorciser. Dimitri n’a jamais entendu l’original, juste ma demo. C’est le propre d’une chanson, quelle qu’elle soit ; elle accompagne des moments de la vie, et qu’on le veuille ou non, elle prend un sens pour chacun de nous, au delà de son "contenu".

Tu travailles comment à l’écriture de tes morceaux ?

— Musique d’abord : bidouillage très sommaire. Un arpège de guitare , une basse maladroite, un tempo ; ( je ne joue vraiment de pas grand chose !), Le son détermine le sens, la mélodie,les mots très vite après. Il faut que ça aille vite, comme si c’était près depuis longtemps, sinon, c’est laborieux. Dimitri écoute ma pauvre maquette,et il reprend tout ça .On n’en parle pas, on parle d’autre chose. On rit beaucoup, On travaille vite ( et pour cause..... no money !) L’album s’est réellement enregistré en une semaine à Londres.

Sur des longueurs, tu parles d’une vie qui te prend tout ton temps ? Lou est désabusée ou résignée ?En fait il n’y a que l’amour et le contact physique à sauver, et encore le mal est souvent au bout ?

— Non , ni résignée ni désabusée. Dans la vie comme dans les longueurs de piscine, le plaisir vient de la répétition. J’insiste. Que faire d’autre ? Aimer et connaître. C’est épuisant, c’est sûr.la vraie oeuvre c’est la vie. Quand au mal ; je ne le vois pas au bout, mais à l’origine de tout. L’homme est mauvais...."but the night is young, and so are we" ...

Tu te situes ou dans le paysage musical actuel ? que penses tu de cette scène " ligne claire " de delerm à bruni, blanche et monotone ?

— Je suis très isolée. C’est comme en politique, les ministres se connaissent tous depuis les bancs des grandes écoles. Des clubs très fermés. Pas assez de gens ont "intérêt" à diffuser mon travail. La loi est simple....je ne coûte rien à personne, ou si peu, donc je n’ai pas besoin de "rapporter". Ce qui est terrible c’est de faire croire aux gens qu’ils ont fait un choix, que d’écouter Delerm c’est "mieux" que Bruel. Je suis plus touchée par la "fausse" marge que par la vraie variété, c’est plus pervers. Tout est fait d’avance. Prémâché.Mou. Même la notion "d’autre musique" devient de plus en plus litigieuse. je ne parle pas du contenu musical, mais de l’alibi qu’il représente pour certains media dits "spé" , qui de ce fait deviennent eux mêmes l’alibi "de bon goût" des pôles financiers qui les gardent undercontrol. C’est pour ça que quand je reçois un email de quelqu’un qui a cherché à trouver mon album , qui me le commande sur Internet , qui m’envoie un chèque, et qui m’écrit pour me donner son avis après l’avoir écouté, je suis ébahie de la curiosité des amateurs de musique ! Quel désir ! Quelle force !

En revenant au disque il est difficile de lui trouver un style, de lui coller une étiquette. Si tu devais le faire, cela donnerait quoi ?

— C’est bien ce qu’on me reproche. Où mettre l’album ? Dans quelle case ? Je le découvre, ce n’est pas un choix. Je souhaite comme tout le monde être entendue par beaucoup de gens, sinon ça n’aurait pas de sens.j ne cherche pas à faire" difficile". Je n’ai pas d’avis sur ça ; chaque album est à entendre en perspective de celui d’avant, et ainsi de suite, c’est tout. La case, c’est moi. J’essaie de la remplir .Comme style, je dirais :"chanteuse de dos".

Et l’avenir de lou ? tu vas tourner et si oui avec qui ?

— J’ai fait quelques concerts avec cet album dont une 1ere parie pour Trash Palace au "Café de la Danse " . J’en avais fait pas mal avec l’album précédent dont le Festival de Bourges en 2000 Je voudrais jouer , c’est essentiel pour moi. Autoproduire deux albums, ce n’est rien par rapport à la difficulté d’être sur scène ! Je ne fais pas une musique franchement festive, dans les bars pour les happy hours, ça plombe ! Des vraies scènes, des vrais concerts, des gens devant, ça ne peut venir que d’un tourneur, d’un programmateur ; Ces chansons sur scène, je les vois comme une cérémonie, un rituel , une prière amoureuse ; Programmations, guitare, violoncelle ou basse . Sur scène ; ça "prend corps", il paraît. En attendant, je tourne .....en rond dans ma chambre.

Question vache, tu penses quoi du trash palace, que j’ai ici dégommé tellement je trouve ce disque insupportable ? C’est étonnant le grand écart de Dimitri que l’on retrouve aussi chez John cale ?

— .....et chez Michael J Sheehy !

Dimitri est très malicieux, j’ai vu le projet TP se monter comme un jeu qui devient un monstre... Il y tient, c’est sa créature, même si parfois elle vit sa vie sans lui...

Dimitri, c’est une rencontre magnifique, musicale et humaine. Il rend les choses simples, il les fait, c’est un travailleur inoui, très doué, une personne rare, fiable et extrêmement sincère. John Cale, Molko, Michael J Sheehy..et moi ,on est tous d’accord là dessus.

Pour le reste.....c’est l’histoire d’un top/journaliste musical qui ne parle pas de mon album, (alors que si j’apparaissais dans son journal que nous lisons toutes les semaines cela aiderait beaucoup le disque, et il s’en doute..) en disant ; je le cite, et tant pis si c’est embêtant ; " trop sombre, trop inquiet pour moi, malgré une profondeur de champ assez rare, l’univers de cette fille est si puissant, si fort, que ça peut étouffer"..... Tu as trouvé T.P insupportable et tu l’as dit ici même, c’est de bonne guerre. En ce qui me concerne , je rêverais que le chroniqueur en question explique à ses lecteurs que mon disque fort et puissant l’étouffe ! Merci de tes questions, donc.

Question bête mais traditionnelle ici peux tu me faire ton panthéon musical en dix disques au plus ?

— Lou : 13 !!!( désolée)

en n°10 : Lui : blond, dans l’immeuble d’en face, je passe mes journées à la fenêtre : Compil"FORMIDABLE RYTHM&BLUES" : (Otis Redding, Aretha Franklin, Wilson Pickett)

en n°9 :Vacances à Londres, dans une famille, le grand frère écoute "ABBEY ROAD " ( Because , en boucle)

en N°8 : Un pur dandy, suisse,il me fait découvrir un album de PETE SINFIELD (the seaghost ?)

en n° 7 : Tadzio, sur la plage du Lido , trop beau ! Gustave Malher les "KINDERTOTENLIEDER"par Kathleen Ferrier

en n° 6 : Premier groupe, un garçon punk avant l’heure qui ressemble à Lou Reed en mieux... rupture très douloureuse : XTC - CURE

en n° 5 : Italien , menteur, :LEONARD COHEN(Songs from a Room)

en n° 4 : Tadzio rescucité, un mirage , mais pas à Venise ; à Paris : PJ HARVEY (To bring you my love)

en N° 3 : Steeve Mac Queen.........FRANK SINATRA (tout)- WILL OLDHAM - ( I see a darkness)- NICK CAVE( Into my arms)

en N° 2 : Japonais,moine shaolin, très grand.....LES VARIATIONS GOLDERG DE JS BACH PAR GLENN GOULD

en N° 1 : Navigateur, fan de murat : CAT POWER (Moon Pix)