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  • 14 décembre 2017 /
    Summer
    “Front Wave” (Site)

    rédigé par JL Prades
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Deux ans après "Hot Servitude", Summer revient avec "Front Wave", un 8 titres court mais dense, qui sortira le 15 décembre 2017.

Il a suffi de quelques écoutes pour savoir que "Front Wave" est un disque comme il y en a peu, un cran au dessus, au delà, de "Hot Servitude" que j’avais pourtant adoré. Seulement voilà, "Hot Servitude" m’avait plu, "Front Wave" m’impressionne. Le choc n’est plus seulement esthétique, il est devenu presque physique : "Front Wave" crée un impact. Pour paraphraser Manchette parlant balistique à propos du premier Ellroy, il a la force d’arrêt d’une balle, la brièveté d’un coup de feu, la chaleur et le rougeoiement du projectile au sortir du canon. Surtout, il en a la trajectoire, tendue, directe, sans échappatoire.

J’ai lu que ce disque faisait penser à "Beaster" (Sugar), mètre étalon du disque-brasier s’il en est. Il en a la concision, il en a l’incandescence et sa matière sonore s’en rapproche. Cependant "Beaster" est un disque-exorcisme, une oeuvre de recherche de la rédemption, entrevue lors du dernier titre, là où "Front Wave" s’abime définitivement dans la coulée de lave qu’il a créée. Je le rapprocherais plutôt du premier Suicide pour son nihilisme, à peine tempéré par la voix féminine qui ressasse les six mêmes mots dans "78 overdrive". La musique est intense, torturée, guitares no-wave acérées tournoyant sur des séquences rythmiques massives mais primitives et des basses saturées qui se vissent au crâne, le tout impeccablement mis en sons par Triboulet. Il faut l’écouter fort, terriblement fort, jusqu’à ce que le son sature le volume d’air et que la pièce fonctionne comme une seconde boite crânienne, imposant la musique au cortex. La voix de jean Thooris est toujours aussi singulière, blanche, désincarnée, jetant dans la fournaise des mots par salves pour les voir roussir et se tordre. Les textes fonctionnent par images et slogans et convoquent la détresse absolue des Particules Elémentaires et la noirceur mauvaise de Septentrion. La thématique, obsessionnelle, sexe-mort-échappatoire, est encore une fois pleinement assumée et charge le propos d’une noirceur terrible.

En cette fin d’année 2017, Le Roi ne se meurt pas, il est terriblement vivant, et s’il est nu c’est pour mieux exhiber sa trique.