10 septembre 2026 / Steve Reich sur une autoroute kraftwerkienne en direction d’une boîte de jazz futuriste : c’est Ajami, le premier des deux seuls morceaux de Isle Peaks. Bitchin Bajas n’a pas besoin de beaucoup plus pour installer son décor. Le rythme paraît faussement lent, presque placide, mais ce n’est qu’une rampe de lancement. Très vite, quelque chose devient hypnotique et l’on se surprend à suivre la pulsation, à accélérer, à augmenter une fréquence cardiaque qui n’en demandait pas autant. C’est futuriste, mais pas ce futur froid que l’on nous promet depuis des décennies, plutôt celui d’un endroit où les machines auraient enfin appris à respirer.
Avec Isle Peaks, le disque prend une tout autre direction. Nous voilà sur une plage, face à une dune léchée par les océans. Un orchestre semble s’accorder, à moins que ce ne soit le vent qui ait pris la direction des opérations. Des embruns orientaux traversent les nappes, les percussions et les textures électroniques, et Bitchin Bajas nous fait progressivement quitter le mouvement pour quelque chose de beaucoup plus contemplatif.
La musique entre alors dans une zone presque mystique, suspendue entre une envolée planante et une lente descente vers le silence. Rien ne brusque cette transformation. On monte, on plane, puis sans vraiment comprendre comment, on redescend doucement vers quelque chose de plus sombre, comme si le morceau cherchait moins à nous emmener quelque part qu’à nous faire accepter de ne plus savoir où nous sommes.
C’est finalement cette opposition qui fait la richesse de ces deux titres. Ajami nous met en mouvement quand Isle Peaks nous invite à fermer les yeux. Deux manières de voyager, deux états presque contraires, réunis dans cette musique toujours aussi cinématographique de Bitchin Bajas.
Une demi-heure entre exaltation et introspection, entre pulsation et silence, avec cette étrange impression d’avoir parcouru beaucoup plus de kilomètres que les deux morceaux n’en contiennent.