8 septembre 2026 / Nonchalance vocale, au service de mélodies accrocheuses, souvent mélancoliques ; longs solos de guitare héroïques, expressifs jusqu’à la liquéfaction ; mur de distorsion brouillardeuse, faussement brouillonne, vraiment cafardeuse. L’inimitable patte sonore de Dinosaur Jr. est telle que, plus de quarante ans après ses débuts discographiques (Dinosaur, 1985), le trio mené par J Mascis semble figé dans le temps. C’est une excellente chose, tant les bases posées à l’époque, puis consolidées avec la trilogie Green Mind (1991), Where You Been (1993) et Without a Sound (1994), étaient solides : de grandes chansons, du genre qui restent en tête et se fredonnent, recouvertes d’une épaisse couche de saturation, d’harmoniques et de lointaines dissonances. Souhaitant retrouver le grain brut des débuts, J Mascis aurait utilisé pour ce nouvel opus le légendaire ampli Mesa Boogie MK1, celui-là même qui fit s’exclamer Carlos Santana : « Man, that little amp really boogies ! ». Sans surprise, les onze compositions de There Near s’inscrivent dans l’ADN du trio d’Amherst, à tel point que l’inaugurale Several Got Away a des faux airs de Freak Scene, tandis que No Friends s’apparente à Feel The Pain. Une sensation troublante, un peu comme si le groupe, se mirant dans un miroir, s’adressait des clins d’œil enamourés. Si l’on poursuit ce jeu des ressemblances, Take Me With You est la nouvelle Start Choppin et Walk Me Back suit les traces de Get Me. Ne vous méprenez pas : oscillant entre power-pop grungy (Gone Off), complaintes midtempo (Everything At Once) et ballades rapides (Blowin’ Up, écrite par Lou Barlow, dans une veine très R.E.M.), l’ensemble reste hautement recommandable. Mieux, il se termine sur deux pépites, le slow chaotique Put It Down, qui fait dresser les poils, et la country lo-fi No One’s Ready, mariant Neil Young et Sebadoh (normal, Lou est aux commandes). Au-delà du plaisir ludique qu’il y a à jumeler ces nouveautés avec leurs glorieuses aïeules, une seule question persiste : souhaiterait-on réellement que Dinosaur Jr. soit autre chose que Dinosaur Jr. ? Bien sûr que non. Les mélodies traînantes et les solos de guitare à rallonge, qui plus est improvisés, on adore ça. Et tant pis si ça sonne familier, ou mille fois entendu. En ce sens, There Near est un retour aux sources, mais également une manière de dire : « on est encore là ».