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Six ans après un Fall to Pieces hanté par le décès de sa fille Mazy Mina, le prestidigitateur de Bristol signe un retour en son nom propre, avec ce qui est peut-être son plus grand tour de magie : si la plaie n’est pas cicatrisée – et elle ne le sera probablement jamais –, Adrian Thaws, délaissant ses projets parallèles, revêt à nouveau le costume de Tricky, figure ambivalente du trip-hop de la grande époque, pour nous offrir un album étonnamment accessible. Il faut savoir que les compositions de Different When It’s Silent étaient initialement destinées à une collaboration avec Mitch Sanders, mais Alan McGee – le nouveau manager du Tricky Kid – ne l’entendit pas de cette oreille : il était temps pour le Nearly God de se remettre en selle, alors la carrière naissante du jeune Mitch attendra. Bonne idée ? Pas certain, tant l’interprétation de Mitch Sanders, en dépit d’une technique irréprochable, d’une tessiture vocale multi-registres et d’envolées lyriques qui se veulent poignantes, sonne impitoyablement lisse. Limite, le gars chante trop bien, trop propre, trop maîtrisé, eu égard à des instrumentaux plus embryons qu’aboutissements, plus maquettes qu’orfèvreries, plus boucles que progressions d’accords – c’est justement ce côté brut de décoffrage qui donne tout son sel aux quatorze morceaux d’un Different When It’s Silent teinté de slowcore (la ritournelle I Still See Me There, entre Archive et Low Roar), de krautrock (l’enveloppant I’m Yours) et de garage (Frontier Town évoque les Black Keys). Ceci dit, une fois accoutumé au timbre de voix de Mitch Sanders, et malgré un I Tried décousu où il se prend pour Muse ou ce Paris Maybe emo-pop un peu gênant, on se laisse aller à apprécier l’aspect ouvertement mélodieux de l’ensemble. Sommets que l’électro garage Because I Don’t Know, rappelant TV On The Radio, le spoken-word poignant Marinade et la rengaine alt-folk Hengrove Blues. Si Tricky, désormais installé à Toulouse, n’en oublie pas ses racines hip-hop (le lancinant Radana) et son sens aigu du syncrétisme (la cavalcade électro garage-goth Out of Place, avec la fidèle Marta Zlakowska), il a clairement entrouvert la fenêtre de son bunker mental. Impossible de savoir si c’est un mal pour un bien ou l’inverse, mais on est content de prendre de ses nouvelles.