7 août 2026 / Évacuons d’emblée le sujet qui fâche : oui, l’ombre de la regrettée Amy Winehouse plane sur le nouvel album de Raye – difficile de faire autrement dès lors qu’il s’agit de soul contemporaine – mais à quelques arrangements et inflexions de voix près, pas de quoi s’agacer, d’autant plus que, porté par une ambition aussi louable que casse-gueule, This Music May Contain Hope dépasse largement le cadre R&B. Mieux que ça, il l’explose. Couverte de gloire et de Brit Awards à la suite de l’inaugural My 21st Century Blues (2024), mais également collaboratrice d’artistes tels que Beyoncé, Charli XCX et John Legend, Rachel Agatha Keen a – pour son grand retour – placé la barre très (très) (très) haut, nous livrant rien de moins qu’un music-hall, mélodramatique tout autant qu’espiègle ou romantique, dans lequel elle se narre sans pudeur, espoirs ou déboires à l’appui – en guise de confirmation artistique, une odyssée jazz-pop cinématographique et un double album, il fallait oser, d’autant plus que la Londonienne n’hésite pas à briser le quatrième mur, pour s’adresser à l’auditeur, haranguer la critique ou réciter – durant le morceau final – les crédits de production. Divisé en quatre actes, un acte par saison, et s’ouvrant sur un prologue posant le décorum dans un Paris de film noir (Intro : Girl Under The Grey Cloud), le disque est aussi brillant que déroutant. Brillant parce qu’à cheval entre mille répertoires (swing, ragtime, jazz, burlesque, easy listening, funk, disco, etc.), souvent surprenant, fourmillant d’arrangements fouillés et d’idées de mise en scène, riche d’une grandiloquence fofolle absolument charmante. Déroutant parce que trop de tout – de pompe, de mots, de théâtralité – mais également un peu de rien, soit des temps faibles qui vous coupent les jambes au moment où – enfiévré – vous grimpez sur votre siège. Après un premier acte magistral, où le chant de Raye – notamment sur The WhatsApp Shakespeare – fait des merveilles, et à l’issue duquel on se dit que la fusée est lancée, que rien ne pourra l’arrêter, patatra. Consacré à l’hiver, le second acte est un désastre. Certes, l’hiver n’est pas la saison la plus enjouée, mais pourquoi l’auto-tune sur la voix et ces violons qui singent Vivaldi (Winter Woman), pourquoi cette ballade soul héroïco-pompeuse à la Tina Turner (I Know You’re Hurting), pourquoi inviter un Hans Zimmer à bout de souffle (Click Clack Symphony) ? « I’m not giving up yet » nous assène Raye durant un Life Boat ourlé, nourri de dance music. Nous non plus, et franchement, ça vaudra le coup de s’accrocher, ne serait-ce que pour entendre, sur la sucrerie soul lounge Goodbye Henry, rien de moins qu’Al Green. S’ensuit une collection de morceaux irrésistibles – dont le tube WHERE IS MY HUSBAND ! – et touchants, telle la ballade gospel folk Fields, où Raye partage le microphone avec son grand-père Michael : le mariage de la grandiloquence et de l’intimité, voilà le point fort de l’imparfait This Music May Contain Hope. Au gré de textes imagés, drôle, mordante, sensible et sans fard, Raye se lance, Raye se plante, Raye se relève et recommence, tous risques narratifs transparaissant jusque dans sa musique, audacieuse, échevelée, parfois bancale, révélant une véritable singularité artistique. La définition même du panache.