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Si le Finn Andrews de Nux Vomica (2006), sous hautes influences Nick Cave et Sixteen Horsepower, vous manque, ne comptez pas sur le lumineux Fragile World pour vous le ramener. Exit, les nuits gothiques, fiévreuses et hantées. Las, The Veils ne sont même plus un groupe : sur ce huitième album aussi déroutant que délicat, le maestro Finn s’est adjoint les services de Tom Healy (Folk Bitch Trio, The Chills, Tiny Ruins) pour enregistrer – en analogique et en direct – les dix plages sonores de Fragile World. Pas vraiment des chansons, ou alors à l’état d’ébauches, des ébauches qui – de canevas imprécis en structures alanguies – se cherchent, s’effritent et s’effilochent ; l’émotion au détriment de la narration, l’ondée aux dépens du gimmick ; l’on attendra que quelque chose se passe, mais il ne se passe rien, et il faudra l’accepter, parce que ça fait partie du deal. Oublier ce que l’on espère des Veils, écouter le disque au casque, se laisser guider. Ainsi High Hopes et sa gravitas à la The National : cascade de notes de piano réverbérées, chant majestueux, lent crescendo – qui restera un lent crescendo. Comme une introduction qui n’introduit rien. Procédé hautement frustrant, que l’on retrouvera ailleurs, sur Are You Awake Tonight ? et The Widening Dark, mais au-delà de ces élans suspendus, il y a la production, qui se laisse apprécier pour ce qu’elle est – belle, tout simplement – et se met au service d’une soul synthétique blanche, puisant ses racines dans les eighties. La complainte Aurora évoque Phil Collins ; la ballade Lungs est un plaisir coupable à la Simple Minds ; New Day sonne comme du Daniel Lanois. Des références que le père de Finn – claviériste au sein des XTC – détesterait, mais la pop rock ligne claire de Little White Bird (Fragile World) pourrait lui plaire. Un petit côté Vampire Weekend, peut-être. Plus loin, une pincée de country (le laid-back My Foolish Heart), une jolie descente d’accords (These Are The Days), une conclusion planante, qui sonne comme une musique d’enterrement qui célébrerait l’amour, la lumière, la vie. Ici, rien de saillant, d’ambitieux ou de révolutionnaire : si les chansons sont à peine des chansons, elles n’en restent pas moins attachantes, parce que radieuses, parce que sereines, parce qu’optimistes – un truc un peu rare, en somme, un truc fragile.




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