26 juin 2026 / Molucelle lisse, daphné odorant, fleur de satin. Chacun des huit titres du nouvel album de Mono porte le nom d’une plante ; à se demander – quitte à investir le champ lexical du végétal – s’il ne s’agit pas un clin d’œil à l’attention de Brad Wood, aux manettes derrière Snowdrop, mais l’on se doute bien qu’il fut délicat pour les Tokyoïtes de remplacer leur grand ami Steve Albini, au chevet du groupe deux décennies durant et disparu en 2024, soit après avoir produit le mitigé – car inégal – OATH. Dans ce contexte, la symbolique consolante du perce-neige fait sens, sauf qu’à l’écoute des compositions du treizième opus de Takaakira Goto et ses acolytes, plombées par des arrangements sirupeux, l’on pense plutôt à du lierre. Du lierre, qui vampirise l’arbre, qui fissure le mur, qui empoisonne le corps. Et sur ce disque enveloppant, plus court et concis que son prédécesseur, ce lierre s’appelle Chad McCullough. Trompettiste issu du jazz, le Chicagoan s’est vu confier les orchestrations de l’album, interprétées par un ensemble de dix musiciens et un chœur de huit voix – trop de stéréo tue la mono. C’est ainsi que l’on se retrouve avec une sorte de post-rock Disney, qui lorgne parfois vers le trip-hop (un Statice très Massive Attack) ou l’épique en toc à la Coldplay (Shion), agrémenté d’un mood Craig Armstrong cheap (Farewell to Spring) et d’effets absolument ringards – les grésillements de vieille platine vinyle sur Bells of Ireland, en 2026, c’est encore permis ? Et puis, qui dit bells dit cloches et donc on entend sonner des cloches, le tout évoquant les pathétiques saillies pseudo-symphoniques de Billy Corgan dès lors qu’il lâche sa guitare électrique. Quand l’ensemble n’est pas boursouflé, ce sont les motifs mélodiques qui peinent, tel que sur un Gerbera ruiné par les violons. Alors certes, tout n’est pas à jeter, et plus particulièrement l’introductif Snowdrop : arpèges de guitares et de piano, cordes lancinantes, réverbération massive, traditionnel climax, simple et beau, du Mono classique mais très efficace. Ailleurs, l’on retiendra Winter Daphne, même si confus et déséquilibré, les violons sucrés rongeant le mur de saturation, ou encore le final du doucereux Hedera. C’est peu, trop peu, pour un groupe à l’origine de chefs-d’œuvre tels que Hymn to the Immortal Wind. Note en vue du prochain album : faire appel à Tistou les pouces verts.