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Trompe l’œil. Sous un enrobage mélancolique – storytelling centré sur la dépression de son auteur, visuel spleeno-torturé évoquant Harvey Dent, longue et lente et belle ouverture, lysergique –, Blue Morpho est malheureusement bien moins profond qu’il n’y paraît. Guitariste émérite et sous-estimé des Radiohead, son comparse Jonny Greenwood attirant à lui toute la lumière, le discret Ed O’Brien se fend – six ans après un Earth positivement accueilli par la critique – d’un nouvel album qui ne manquera pas d’enrichir l’impressionnante discographie bis des membres du combo d’Oxford. On refuse de le voir, parce qu’on les trouve classieux, mais les Radiohead, ce sont des hippies. Des hippies sophistiqués, certes, mais des hippies quand même, qui adorent laisser leurs humeurs-visions dériver dans la musique jusqu’à en perdre le fil, tout en s’amusant avec du matériel de pointe. La version 2.0 d’Emerson, Lake et Palmer, ou Bill Gates dans le corps de Syd Barrett. Pas pour rien que les sept compositions de Blue Morpho furent non pas enregistrées sur la traditionnelle fréquence de 440 herz, mais en 432 herz, une fréquence plus douce, calée sur on ne sait quoi (Gaïa ? Les vibrations cosmiques ? Les pensées de Sylvain Durif ?) et qui favoriserait le bien-être de l’auditeur. Franchement, ça change tout, non ? Je veux dire, la plupart des gens vont écouter ce disque, d’une oreille qui plus est distraite, sur du matériel de merde… Par contre, ce qui est réellement doux, c’est le chant d’Ed O’Brien, très fort pour empiler les chœurs planants. Pas pour rien qu’au sein de Radiohead, il est le parfait contrepoint vocal de Thom Yorke. Si Blue Morpho est un disque en trompe-l’œil, c’est parce qu’il s’ouvre sur le lancinant Incantations, aussi dense que délicat – l’on y retrouve le genre de suite d’accords chère à Radiohead, mais également ce goût du crescendo par la superposition de motifs répétitifs : arpèges de guitare tournoyants, percussions insectoïdes, qui tricotent et picotent, vocalises – dont celles d’Eska – fondues dans la réverbération ; l’on pense à Tim Drake (le chant feutré), l’on pense au Tim Buckley de Happy Sad (le foisonnement instrumental), l’on se dit que l’on tient un joli disque. S’ensuivent le (trop) grandiloquent Blue Morpho, qui se rêve comédie dramatique tournée en 35 mm, puis la ritournelle Sweet Spot, aux effluves Ok Computer, convaincante mais plombée par les cordes, dont les arrangements sont confiés à Tõnu Kõrvits – l’Estonien aura la main lourde, c’est une indigestion de violons, qui paraissent synthétiques tant ils sonnent scintillants. Une manière de dire que les chiens sont lâchés, et ils sont azimutés. Teachers s’inspire d’un trip aux champignons, vécu dans le parc national de Dartmoor : un véritable capharnaüm, qui voit Jamiroquai passé au tamis des Stereo MC’s, le tout saupoudré de jazz lounge, de prog, de funk et de blaxploitation. Franchement roboratif, et même pas fun. Il faudra deux bouche-trous absolus (Solfeggio et Thin Places – le néant) pour nous mener au conclusif Obrigado, interminable bouillie exotica-trip-hop concoctée en l’honneur des années qu’Ed et sa famille passèrent au Brésil – patrie du morpho bleu, le (très beau) papillon qui donne son nom au disque. Blue Morpho aurait pu ne pas être décevant, puisque l’on n’en attendait rien, mais à l’aune d’un premier tiers prometteur, l’ensemble eut gagné à ne pas s’éparpiller en chemin. Dommage.




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