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Moins sophistiqué que Looking Glass, son merveilleux prédécesseur publié en 2022, le septième album d’Alela Diane aurait pour point de départ le décès de Michael Hurley, musicien folk qu’elle côtoyait à Portland et qui mit les voiles juste après avoir enregistré un dernier disque. Who’s Keeping Time ? La mort, peut-être, et alors Alela – pour conjuguer le sort – décida de réunir ses amis dans le grenier encombré de sa vieille maison victorienne, afin qu’ils enregistrassent, au feeling, un recueil de chansons country-folk naturalistes. On savait que la maturité seyait tout particulièrement à la Californienne, qui – à équidistance entre artisanat et transcendance – semble au fil des ans gagner en sérénité. Le métier rentre, les mains savent, la pulsation traverse le corps – l’on se laisse porter, en confiance, ne serait-ce que parce qu’Alela est une superbe chanteuse. L’inaugurale complainte California – vibrant western miniature – sonne comme un classique du répertoire traditionnel, avec sa guitare arpégée, sa batterie mate, sa lap steel, tandis que certaines ballades, telles que la solaire In My Own Time et la – très – tranquille Spring Is A Fine Time, s’avèrent plus laid-back : musique de pépé assis à l’ombre au bord d’une route écrasée par la chaleur, on regarde passer les gens, les trains et les vaches, on se réjouit d’aller nulle-part. Basse groovy, wurlizer, violon sirupeux ; sifflements, clarinette, dulcimer ; l’on pense parfois à Cat Power (Could Be), l’on pense parfois à Kristin Hersh, pour cette âpreté bienveillante qui irrigue Dusty Roses, l’on pense parfois au pince-sans-rire Bob DylanPiss, Coffee, Blood or Wine ? Telle est la question, qui restera sans réponse. Discrète, la mélancolie se tient en retrait, effleurant la complainte Wide Open Spaces ou le slow Endless Waltz, tandis que la vaporeuse Fragile As A Flame, magnifique en son final réverbéré drapé de cordes, nous rappelle la jeune Alela Diane. Il se dégage de l’ensemble une plénitude indéniable, comme si – avec toute l’humilité qui la caractérise – Alela était devenue ce qu’elle jouait. Who’s Keeping Time ? Non pas la mort, mais bien la musique. Bluffant.




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