> Critiques > Labellisés



On croyait connaître la cartographie sonore de Natacha Atlas. Depuis les années 1990, elle n’a cessé de bâtir des passerelles entre les traditions arabes, les musiques électroniques et les territoires du jazz. Mais avec Parallel Universe – Volume 1, conçu avec le violoniste et producteur Samy Bishai, elle semble moins vouloir relier deux mondes qu’en inventer un troisième. J’ai découvert Natacha Atlas il y a bien longtemps, lors d’une Black Session de Bernard Lenoir sur France Inter. À une époque où les playlists hexagonales cloisonnaient encore les genres avec application, cette voix aux inflexions orientales, suspendue entre Bristol, Le Caire et Londres, ouvrait déjà une brèche. Trente ans plus tard, cette sensation d’étrangeté familière demeure intacte.

Ce nouveau disque ne joue pas la carte nostalgique du métissage. Il regarde droit devant. Les textures électroniques y côtoient des percussions arabes fragmentées, des claviers microtonaux et des nappes synthétiques aux contours fantomatiques. La production de Samy Bishai, précise sans être clinique, donne au disque une densité cinématographique qui évoque autant les bandes originales imaginaires d’un futur proche que les nuits fiévreuses d’une mégalopole méditerranéenne.

Le duo avance sur une ligne de crête où la pop arabe rencontre l’électronique expérimentale, la synth-pop et les pulsations post-mahragan. Pourtant, malgré la sophistication de l’architecture sonore, rien ne semble démonstratif. Les chansons respirent. L’alternance entre l’anglais et l’arabe s’impose avec une fluidité naturelle, comme si ces langues avaient toujours partagé le même espace mental.

Au centre de cet univers parallèle, il y a cette voix. Celle de Natacha Atlas, toujours aussi magnétique, capable de transformer chaque ornement vocal en point de fuite émotionnel. Face à elle, le violon électrique de Samy Bishai ne cherche pas l’accompagnement : il dialogue, provoque, embrase.

Le titre même de l’album dit beaucoup de son ambition. Parallel Universe – Volume 1 imagine des lignes temporelles alternatives où les catégories musicales auraient cessé d’exister. Où l’Orient et l’Occident ne seraient plus des pôles opposés, mais les coordonnées obsolètes d’une même constellation sonore.

Dans une époque saturée de fusions opportunistes et de croisements marketing, Natacha Atlas et Samy Bishai proposent tout autre chose : une vision cohérente, habitée, forgée par près de deux décennies de complicité artistique et personnelle. Une musique qui semble venir d’ailleurs, mais qui parle, avec une étrange justesse, du monde tel qu’il est devenu.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.