15 juin 2026 /Concarneau, mars 1990. Quand Violator est sorti, j’avais quinze ans. Au lycée, il y avait un type dont le passe-temps était de dévaliser les rayons de l’espace culturel du centre Leclerc. Moyennant finances, on lui passait commande le vendredi, le lundi il nous apportait l’objet tant attendu. Quand il s’est fait pincer, les policiers ont trouvé une cave remplie de livres, de bandes-dessinées, de disques. Il aurait carrément pu ouvrir sa propre boutique. Plus tard, il est devenu gendarme, je crois. Toujours est-il que lorsqu’il m’a passé la cassette de Violator, je l’ai discrètement fourrée dans mon manteau. Pas question qu’on me voie avec ça, la honte. Depeche Mode, c’était pas de la musique pour les vrais hommes. Ah non. Même si Dave Gahan et ses petits potes avaient travaillé leur image – adieu le look de ploucs – et sonnaient moins pompeux, pour mes congénères qui passaient leur temps à trafiquer leurs mobylettes en écoutant Iron Maiden, ça restait l’équivalent d’une bande son pour un cours d’aérobic. De la pop synthétique pour meufs. Mais il y avait pire que mes confrères bas de plafond : mes propres amis. La maison de la presse du centre-ville vendait cinq exemplaires des Inrockuptibles qui avaient une ligne éditoriale plutôt correcte, comparée à aujourd’hui. Évidemment, les cinq lecteurs des Inrockuptibles de Concarneau se connaissaient, et donc, comme nous étions très snobs (tout ce qui passait à la radio et à la télévision, c’était de la merde), pas question de se frotter au nouvel album de Depeche Mode, groupe qui ne valait pas un kopeck face aux Cure, aux Smiths et aux Joy Division. Violator, je l’ai donc écouté en cachette. Quelle claque. Esthétique tout autant que mélodique. Du blues, joué par des machines. Sobriété, retenue, classe. La noirceur romantique absolue. Que dire sur cet album miraculeux, qui n’a pas déjà été écrit ailleurs et en mieux ? Même si je ne l’écoute jamais, parce qu’il me ramène à une époque où ma vie était une page blanche - cette page est non seulement restée blanche, mais elle est également froissée, je n’ai ainsi pas le cœur de réveiller celui que j’étais - chaque note de Violator est incrustée dans mon esprit. Je me suis juré d’en enregistrer un jour ma propre interprétation. Une version pimpée, où je me contenterais de jouer par dessus les chansons originales. Ce serait comme gribouiller du Rembrandt. Violer Violator, super concept non ? Mais alors, mon gars, pourquoi tu ne ne participes pas au tribute qu’ADA a mis DEUX ANS à sortir ? DEUX ANS !!! La réponse est dans la question. Il faut être un peu fou pour s’attaquer à de telles chansons, sans les dénaturer. Parce que oui, les moutures bossa-nova à la Nouvelle Vague, non merci, ça ne compte pas. Les morceaux de Violator sont basiques et reposent sur un équilibre quasi-magique, entre des mélodies belles à tomber mais sans emphase et une production si musicale qu’elle en devient un instrument à part entière – enfant de son époque réverbérée, l’album n’a malgré tout pas pris une ride. Je suis très curieux d’entendre les versions des artistes qui ont relevé le challenge, et qui permettent à ADA d’ajouter un nouveau volume à ses tribute de haute volée. Un grand merci à eux, mais attention, si je n’aime pas ce que j’entends, je me vengerai (en chroniques) sur vos prochains disques. Voilà, ça va mieux quand les choses sont claires. Je me sens mieux. Beaucoup mieux. Et j’espère que ça va continuer.
Alix de Stermania
Toutes les chansons écrites par Depeche Mode Projet initié par Gerald de Oliveira dans le cadre du webzine A Découvrir Absolument / Adaptation libre de Violator, septième album album du groupe Depeche Mode sortie chez Mute en 1990 Artwork : Gildas Secretin – GWL Graphisme - http://www.gwlgraphisme.com
Téléchargeable sur www.adecouvrirabsolument.com et sur https://adecouvrirabsolument.bandca...
Merci aux artistes pour cette forme de courage.
1. Dark Supreme – World in My Eyes
2. Natacha Tertone – Sweetest Perfection *
3. Rivkah – Personal Jesus
4. Kicking the Habit – Halo
5. laudanum – Waiting For The Night
6. Mes Journées au Parc – Tout ce Que je Veux (Enjoy The Silence)
7. Mona Kazu – Policy Of Truth
8. Witold Bolik – Blue Dress
9. Bandeliers – Clean
Bonus
10. Vidéotex – World in My Eyes
11. The Berliners – Sweetest Perfection
12. Shake the Disease – Personal Jesus
13. Isa & Phil B. – Personal Jesus
14. Carton Sonore – Personal Jesus
15. Ygør Keim – Halo
16. Dreaming 808 – Halo
17. At Bay – Waiting For the Night **
18. Juko – Enjoy the Silence
19. DeStijl – Clean
* Chant, bontempi, piano, synthés : Natacha Tertone Programmation batterie et percussions, mixage et mastering : Bruno Mathieu Guitare : Jérôme Mackowiak
** David Nichols mix/mastering