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Bleachers, c’est plus ou moins le jouet du producteur américain Jack Antonoff, et Jack Antonoff, c’est le type aux manettes derrière Lorde, Taylor Swift, St. Vincent ou Lana Del Rey. Un gars qui pèse dans le game, donc. Mais à force de jouer les Willy Wonka de la pop music, Jack en était venu à envier le jeune Charlie Bucket, dont les sens n’étaient pas encore émoussés. Quoi de mieux pour préserver la flamme que de monter son propre groupe ? C’est ainsi qu’en 2013 naissent les Bleachers, trompe-l’œil artistique formé par des requins de studio, dont la discographie anecdotique peine à traverser l’Atlantique, et ce n’est pas leur cinquième opus, Everyone for ten minutes, qui changera la donne. Pourtant, comme à son habitude, Jack vise les sommets. Son grand truc, c’est les hymnes. La grandiloquence. Visage brûlant sous le soleil couchant. Poing fermé, levé vers le ciel. Refrain qui claque. Qui se chante à mille gorges déployées. La même phrase, encore et encore. Scie mélodique, ça te rentre dans le crâne, que tu le veuilles ou non, tu t’agites, tu gigotes. L’épique en toc. La recette des Bleachers est rodée : poignée d’accords qui tournent en boucle, crescendo construit sur l’empilement progressif des couches sonores, chœurs vigoureux, une bonne grosse compression, chaque fréquence dans le rouge cramoisi, c’est The National sous stéroïdes (Sideways), c’est Bruce Springsteen version stadium rock (Take you out tonight), c’est Arcade Fire qui ne sait pas conclure une chanson autrement qu’en cavalcade (You and forever). A force, tout devient monotone. Plus loin, de ballades country-pop (Dirty wedding dress) en ritournelles folks (She’s from before), parfois teintées de groove (The Van), Jack se rêve Bob Dylan. Las, il n’arrive même pas à la cheville de Baptiste W. Hamon – oui, j’exagère. Plastique boursouflée, arrangements roboratifs, gimmicks lourdingues, saxophone diarrhéique, sans compter l’intenable autotune de We should talk, tout nous rappelle que même le plus chevronné des producteurs devrait passer la main quand il s’agit d’enregistrer son propre album. De gradins à gadin, il n’y a qu’une poignée de marches, dévalées haut la main.




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